
Le 12 octobre, au port d’Alger, à bord du navire « Tariq Ibn Ziyad » d’Algérie Ferries, l’ascenseur était en panne. On m’a proposé de me porter. J’ai refusé. J’ai chuté. Bilan : une fracture de l’épaule gauche, un important hématome, des douleurs qui ne me quittent pas et un choc profond. Et à l’arrivée à Marseille, comme par miracle, l’ascenseur fonctionnait. J’ai alerté toutes les autorités algériennes concernées ainsi que la compagnie. J’attends des réponses.
« On va vous porter »
Monter à bord d’un ferry, c’est confier sa sécurité à une compagnie. Ce 12 octobre, au port d’Alger, l’ascenseur du navire était en panne. La seule réponse proposée : me porter.
J’ai refusé. Être porté à bout de bras n’est pas une solution. Ce n’est ni sûr, ni digne. Un passager n’est pas un colis que l’on hisse faute d’équipement en état de marche. L’accessibilité, ce n’est pas une improvisation de dernière minute : c’est un droit, et c’est une obligation.
Dans ces conditions, j’ai chuté. Mon épaule gauche a violemment heurté le sol. Quelques secondes à peine. Mais des secondes qui laissent des traces.
Un corps blessé, un esprit marqué
Les examens ont confirmé ce que la douleur m’avait déjà fait comprendre : une fracture de l’épaule gauche et un hématome important. Depuis, la douleur est devenue une compagne quotidienne. Chaque geste ordinaire rappelle ce qui s’est passé.
Il y a aussi ce qui ne se voit pas sur une radiographie : le choc. Celui de s’être senti vulnérable là où l’on aurait dû être protégé. Celui d’avoir dû choisir entre sa dignité et un équipement qui ne fonctionnait pas. On parle souvent des blessures physiques ; on oublie trop vite le traumatisme qui les accompagne.
Le « miracle » de Marseille
À l’arrivée à Marseille, surprise : l’ascenseur fonctionnait. Le même navire, le même équipement, quelques heures plus tard.
Alors, que s’est-il passé ? Si l’ascenseur pouvait marcher à Marseille, pourquoi ne marchait-il pas à Alger ? A-t-il été réparé pendant la traversée ? Pourquoi pas avant l’embarquement ? Ce contraste n’est pas un détail. Il interroge directement la manière dont la sécurité et l’accessibilité des passagers sont prises en compte au départ d’Alger.
J’ai alerté. J’attends des réponses.
Je n’ai pas voulu me taire. J’ai adressé un signalement écrit à l’ensemble des autorités algériennes compétentes ainsi qu’à la compagnie Algérie Ferries, en exposant les faits, mes blessures et leurs conséquences.
Ce que j’attends n’est pas de la compassion de façade. J’attends des réponses claires, une prise en charge à la hauteur du préjudice subi, et la garantie que ce qui m’est arrivé ne se reproduira pas.
La question de la responsabilité
Un ascenseur à bord d’un navire n’est pas un simple confort. C’est un équipement dont dépendent la sécurité et l’accès de nombreux passagers. Lorsqu’il est hors service, la question n’est pas de savoir si quelqu’un est responsable, mais qui.
Alors je pose les questions que tout passager est en droit de poser :
- Depuis quand cet ascenseur était-il en panne au départ d’Alger, et pourquoi n’a-t-il pas été réparé avant l’embarquement ?
- Comment se fait-il qu’il fonctionne à l’arrivée à Marseille ?
- Pourquoi la seule solution proposée était-elle de porter un passager, au mépris de sa sécurité et de sa dignité ?
- Quelle procédure existe à bord pour signaler un accident et prendre en charge les blessés ?
- Qui, aujourd’hui, assume les conséquences de cette panne ?
Un transporteur a le devoir d’acheminer ses passagers en sécurité. Ce devoir ne s’arrête pas à la vente du billet. Il engage la compagnie, du quai de départ jusqu’au quai d’arrivée.
Au-delà de mon cas
Je m’engage depuis des années pour l’inclusion et l’égalité des droits. Je sais ce que représente un ascenseur pour une personne en fauteuil roulant, pour une personne âgée, pour un parent avec une poussette : c’est souvent le seul accès possible. Quand il est hors service, ce n’est pas un désagrément, c’est un danger. Et proposer de « porter » les gens n’est pas une réponse : c’est l’aveu d’un échec.
Mon accident n’est pas qu’une affaire personnelle. Il pose une question collective : la sécurité et l’accessibilité à bord sont-elles réellement une priorité, dans les deux sens de la traversée ?
Ce que je demande
- Une enquête transparente sur les circonstances de l’accident du 12 octobre et sur l’état de l’ascenseur au départ d’Alger ;
- Une réponse officielle et circonstanciée d’Algérie Ferries à mon signalement ;
- La reconnaissance et la réparation du préjudice subi ;
- Un contrôle rigoureux des ascenseurs et équipements d’accessibilité de toute la flotte, avant chaque départ ;
- Une procédure claire de signalement et de prise en charge des passagers victimes d’accident.
Le silence n’est pas une option
Je ne demande pas de faveur. Je demande que la sécurité et la dignité des passagers soient prises au sérieux. Parce que derrière chaque billet vendu, il y a un être humain, un corps, une famille qui attend à l’arrivée.
À ceux qui ont vécu un incident similaire à bord : vous n’êtes pas seuls. Parlez, signalez, témoignez. C’est ensemble que l’on fait bouger les choses.
Djamel Bourbala


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