
Le 21 octobre, 44 personnes en situation de handicap ont siégé un jour au Conseil national. Parmi les seize pétitions qu’elles ont adoptées, l’une d’elles me touche particulièrement : l’accès aux soins. Portails illisibles, tables d’examen inadaptées, personnel non formé : ces obstacles ne viennent pas du handicap, mais de l’organisation. Voici ce que révèle cette pétition, et pourquoi elle mérite notre attention.
Par Djamel Bourbala
Une pétition qui parle de choses très concrètes
Parmi les seize pétitions adoptées le 21 octobre au Palais fédéral, quatre relevaient de la commission « Droit, santé et participation politique ». La première d’entre elles porte un titre simple : « L’accès aux soins doit être garanti pour toutes et tous ». Ses auteures et auteurs partent d’un constat que je retrouve souvent dans les témoignages recueillis par les associations : les personnes handicapées fréquentent les établissements de santé comme tout le monde, mais les obstacles qu’elles rencontrent viennent rarement de leur handicap lui-même. Ils viennent de l’organisation : des portails de patients et des formulaires impossibles à utiliser avec un lecteur d’écran, une orientation confuse dans les couloirs d’un hôpital, des explications données sans adaptation à la manière dont chacun comprend l’information.
Ces obstacles ne sont jamais anodins. Ils retardent des soins, exposent à des examens vécus comme humiliants, augmentent le risque d’erreur de diagnostic et peuvent dissuader de participer à un dépistage préventif. Ils obligent aussi, trop souvent, à se faire accompagner par un tiers et à partager des informations intimes qu’on aurait préféré garder pour soi.
Ce que confirment les chiffres
Ce constat n’est pas isolé. L’indice d’inclusion 2026 de Pro Infirmis, réalisé auprès de 2207 personnes en situation de handicap, montre qu’une personne sur trois se sent discriminée dans le système de santé suisse lorsqu’elle doit se rendre à l’hôpital, consulter un médecin ou suivre un traitement. Trois personnes sur quatre estiment que leurs préoccupations ne sont pas prises au sérieux. Une personne sur deux juge que ses besoins ne sont pas suffisamment pris en compte. Deux personnes sur cinq signalent des obstacles de communication ou d’accès à l’information.
Plus inquiétant encore : la tendance ne s’améliore pas. La part des personnes qui se disent fortement limitées dans le domaine de la santé est passée de 10 % en 2023 à 14 % en 2026. Dans un pays qui consacre des moyens considérables à son système de santé, ce chiffre devrait nous interpeller autant qu’un déficit budgétaire.
Ce que j’en retiens
Je n’ai pas besoin de chercher loin pour comprendre ce que décrit cette pétition. Dans mon engagement, j’entends régulièrement les mêmes récits : une salle d’attente où l’on se sent de trop, une explication donnée trop vite pour être comprise, un examen repoussé parce que la table ne s’abaisse pas. Rien de tout cela n’est une fatalité liée au handicap. C’est le résultat de choix d’aménagement, de formation et de priorité qui n’ont, jusqu’ici, pas suffisamment inclus les personnes concernées. Et c’est précisément pour cela que la question de la santé doit sortir de l’ombre où elle reste trop souvent reléguée, derrière les débats sur le logement, l’emploi ou les droits politiques.
Ce que demande concrètement la pétition
Le texte adressé à la Confédération et aux cantons, dans le cadre du dialogue sur la politique nationale de la santé, est précis. Il demande d’ancrer l’accessibilité comme critère obligatoire d’admission et de qualité dans la loi sur l’assurance-maladie, pour tous les fournisseurs de prestations reconnus : hôpitaux, cabinets, pharmacies, services d’urgence.
- Des portails de prise de rendez-vous et des formulaires conformes aux normes d’accessibilité numérique.
- Une information disponible en langage simplifié ou en langue des signes, sans frais supplémentaires pour les aides à la communication.
- Une signalétique adaptée aux déficiences visuelles, auditives, intellectuelles ou psychiques.
- Du matériel médical réellement utilisable : tables d’examen réglables, pèse-personnes, équipements de radiologie accessibles.
- Une formation régulière du personnel de santé à l’accueil des patientes et patients en situation de handicap.
La pétition demande enfin que les personnes handicapées et leurs organisations soient associées, de manière contraignante, à la conception de ces mesures, avec des délais fixés et un suivi rendu public.
Ma conclusion
La santé n’est pas un domaine d’inclusion parmi d’autres : elle conditionne souvent tous les autres. Difficile de chercher un emploi, de se former ou de participer à la vie politique quand on n’arrive déjà pas à obtenir un rendez-vous médical dans de bonnes conditions. Cette pétition ne demande rien d’extraordinaire : juste que l’accès aux soins ne dépende plus du hasard d’un cabinet mieux équipé qu’un autre. Elle a été adoptée un jour au Palais fédéral. Il reste maintenant à la Confédération et aux cantons de lui donner une suite, au-delà d’un bon accueil de principe.
Sources : Pro Infirmis, pétition « L’accès aux soins doit être garanti pour toutes et tous », Session des personnes handicapées 2026 ; Pro Infirmis, Indice d’inclusion 2026 ; Pro Infirmis, Session des personnes handicapées 2026 ; Diaconie Suisse, Session des personnes handicapées : 16 pétitions.
— Djamel Bourbala


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