Après la Session des personnes handicapées : un jour au Palais fédéral, et ensuite ?

Hémicycle parlementaire vide aux pupitres en bois, avec au premier plan un fauteuil roulant devant un pupitre et un micro abaissé.
Hémicycle parlementaire vide aux pupitres en bois, avec au premier plan un fauteuil roulant devant un pupitre et un micro abaissé.
Une place accessible dans un hémicycle : la représentation se prépare bien avant le jour de l’élection. (Image d’illustration générée par IA)

Le 21 octobre, 44 personnes en situation de handicap ont occupé pour une journée les sièges du Conseil national. Le lendemain, la salle a retrouvé sa composition habituelle : trois élus fédéraux concernés sur 246. À un an des élections fédérales d’octobre 2027, je pose une question simple : comment faire pour que la Session des personnes handicapées ne reste pas une exception ?

Par Djamel Bourbala

Une journée qui a montré ce qui est possible

Il y a quatre jours, le Palais fédéral a vécu un moment rare. Pour la deuxième fois après 2023, Pro Infirmis a organisé une Session des personnes handicapées dans la salle du Conseil national. Les 44 participantes et participants avaient été choisis lors d’un vote en ligne auquel plus de 21 000 personnes ont pris part. Le chiffre de 44 n’a rien d’un hasard : il correspond à 22 % des 200 sièges de la Chambre, soit à peu près la part de la population qui vit avec un handicap selon une définition large de l’Office fédéral de la statistique.

Le travail a été sérieux. Réparties en quatre commissions, ces parlementaires d’un jour ont adopté 16 pétitions sur la mobilité, la formation, le travail, le logement et la santé. On y trouve, par exemple, une carte officielle du handicap reconnue dans tout le pays, ou des démarches simplifiées pour déménager d’un canton à l’autre sans perdre pied dans les différences de prestations AI et de prestations complémentaires. Les pétitions ont été remises à la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider. La session, présidée par la députée bernoise Simone Leuenberger, a aussi soutenu à l’unanimité l’initiative pour l’inclusion.

J’en garde une conviction : quand on donne aux personnes concernées la parole, le temps et les moyens, elles produisent des propositions précises, réalistes et utiles à toute la société.

Le lendemain, l’écart revient

Mais une session symbolique n’est pas une législature. Lors des élections fédérales de 2023, Pro Infirmis a salué une augmentation « historique » : trois personnes en situation de handicap ont été élues au Conseil national. C’est un progrès réel, et je le reconnais. Rapporté aux 246 membres de l’Assemblée fédérale, cela représente pourtant environ 1 % des sièges, pour une population concernée qui dépasse un cinquième des habitantes et habitants.

Les personnes concernées le ressentent. Selon l’indice d’inclusion 2026 de Pro Infirmis, trois personnes en situation de handicap sur quatre jugent leur représentation politique insuffisante. Ce n’est pas une question d’ego ou de quotas pour la forme. Quand on décide de l’AI, de l’accessibilité des logements ou de l’organisation des soins sans celles et ceux qui les vivent, on décide souvent à côté de la réalité.

Les candidatures existent, les obstacles aussi

Le problème n’est pas le manque de volonté. En 2023, 35 personnes figuraient sur la liste des candidates et candidats en situation de handicap recensés par Pro Infirmis. Depuis 2024, le réseau Forum 22 rassemble environ 120 personnes en situation de handicap qui ont des ambitions politiques, au-delà des appartenances partisanes. Le vivier est là.

Ce qui manque, ce sont des conditions équitables. Fragile Suisse, l’association pour les personnes avec une lésion cérébrale, résumait en 2024 les principaux freins : un regard social qui associe encore le handicap à un déficit, des structures politiques et des partis pas entièrement accessibles, des lieux de séance difficiles d’accès, et un manque d’assistance et d’outils de communication adaptés. J’ajoute un frein que je connais bien : une campagne coûte du temps, de l’énergie et de l’argent. Pour une personne qui vit déjà avec une fatigue chronique, des rendez-vous médicaux ou des revenus limités, chaque soirée de stand ou de débat a un prix plus élevé.

Pourtant, des exemples montrent que l’adaptation est possible. Le conseiller national Islam Alijaj, qui vit avec une paralysie cérébrale, exerce son mandat avec l’aide d’une assistance à la parole. Personne n’a eu à baisser le niveau des débats : il a suffi d’adapter les moyens.

Cinq leviers pour 2027

Il reste douze mois avant les élections fédérales. C’est court pour changer une culture, mais assez pour poser des actes concrets. Je propose cinq leviers, qui ne dépendent d’aucun camp politique :

  • Les partis peuvent inviter activement des personnes concernées sur leurs listes, en position éligible, et rendre leurs assemblées, leurs documents et leurs sites accessibles, y compris en langage facile à lire.
  • Les cantons et les communes peuvent garantir des lieux de séance accessibles et prévoir un financement de l’assistance nécessaire à l’exercice d’un mandat, au même titre qu’on finance d’autres frais liés à la fonction.
  • Les médias peuvent organiser des débats accessibles, avec sous-titrage, interprétation en langue des signes et temps de parole adapté.
  • Les électrices et électeurs peuvent utiliser pleinement le système suisse : panacher, cumuler, et donner une chance à des profils qu’on voit trop peu.
  • Le Parlement peut avancer sur les droits politiques des quelque 16 000 personnes sous curatelle de portée générale encore privées du droit de vote. La consultation ouverte par le Conseil fédéral le 14 octobre est un bon signal ; il faudra maintenant aller au bout.

Les organisations du handicap montrent d’ailleurs l’exemple : Pro Infirmis a décidé en 2025 qu’au moins 40 % des membres de son comité doivent être des personnes en situation de handicap. Si une grande organisation peut le faire, nos institutions peuvent aussi progresser.

Ma conclusion

La Session des personnes handicapées a été une belle démonstration. Mais une démonstration n’a de sens que si elle change la suite. Le vrai rendez-vous, ce n’est pas une journée par législature au Palais fédéral : c’est la liste électorale, le stand de campagne accessible, le débat sous-titré et, en octobre 2027, le bulletin de vote.

Je ne demande pas des sièges réservés ni des faveurs. Je demande que les personnes en situation de handicap puissent se présenter, faire campagne et siéger dans les mêmes conditions que les autres. « Rien sur nous sans nous » ne doit pas rester un slogan d’un jour. Et vous qui lisez ces lignes : si vous avez envie de vous engager, votre place est aussi dans nos conseils communaux, nos parlements cantonaux et à Berne.

Sources : Blick, 21 octobre 2026 ; Diaconie Suisse, Session des personnes handicapées 2026 ; Pro Infirmis, élections fédérales 2023 ; Pro Infirmis, réseau Forum 22 ; Pro Infirmis, assemblée des délégués 2025 ; Fragile Suisse, Des parlementaires en situation de handicap ; Tsri, Islam Alijaj ; RTS, droits politiques des personnes sous curatelle.

— Djamel Bourbala


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