Traversée Alger–Marseille du 12 septembre 2026 à bord d’Algérie Ferries : une chute en fauteuil roulant qui soulève des questions essentielles sur la formation du personnel, les interventions d’urgence et la responsabilité des transports maritimes.
Par Djamel Bourbala — 15 octobre 2026
Un voyage qui aurait dû se dérouler normalement
Le 12 septembre 2026, lors de ma traversée entre Alger et Marseille à bord d’un navire de la compagnie maritime Algérie Ferries, j’ai vécu une expérience particulièrement éprouvante.
L’ascenseur du bateau était en panne. Pour une personne en fauteuil roulant, cette situation ne représente pas un simple désagrément technique : elle peut devenir un obstacle majeur à la mobilité et à la sécurité.
Dans ce contexte, j’ai été victime d’une chute de mon fauteuil roulant, occasionnant notamment des douleurs à l’épaule.
Au-delà de mon expérience personnelle, cet incident pose une question fondamentale : les compagnies de transport maritime sont-elles réellement préparées à garantir la sécurité des personnes à mobilité réduite lorsqu’un équipement indispensable tombe en panne ?
L’accessibilité ne se limite pas à installer un ascenseur
Trop souvent, l’accessibilité est considérée comme une simple question d’équipement : un ascenseur, une rampe, une cabine adaptée ou un emplacement réservé.
Mais que se passe-t-il lorsque l’ascenseur ne fonctionne plus ?
Qui intervient ? Avec quel matériel ? Selon quelle procédure ? Dans quel délai ?
C’est précisément dans ces circonstances que se mesure le véritable niveau d’accessibilité d’un service.
Un équipement accessible sans solution de secours adaptée ne constitue pas une garantie suffisante de sécurité.
Les personnes en situation de handicap ne doivent pas dépendre de l’improvisation, de la bonne volonté individuelle ou de décisions prises dans l’urgence.
Elles ont besoin de procédures fiables, connues et appliquées par des professionnels formés.
La formation du personnel : un enjeu trop souvent sous-estimé
Il serait injuste d’accuser systématiquement les membres d’équipage sans connaître les instructions, les moyens et les formations dont ils disposent.
Mais il serait tout aussi irresponsable de ne pas interroger l’organisation qui encadre leurs interventions.
Les personnels des transports maritimes doivent pouvoir identifier rapidement les besoins spécifiques des voyageurs, comprendre les risques liés à la manipulation d’un fauteuil roulant et connaître les procédures de secours adaptées.
Une intervention maladroite, même animée des meilleures intentions, peut avoir des conséquences physiques graves.
La formation doit notamment permettre de :
- sécuriser immédiatement une personne à mobilité réduite lorsqu’un équipement devient inutilisable ;
- évaluer la situation avant toute tentative de déplacement ou de transfert ;
- faire intervenir des professionnels formés disposant d’équipements appropriés ;
- éviter les manipulations improvisées susceptibles de provoquer une chute ou une blessure ;
- déployer rapidement une solution alternative sûre ;
- déclencher une assistance médicale et établir un rapport d’incident lorsqu’un accident survient.
Ces compétences ne devraient pas être exceptionnelles. Elles devraient faire partie intégrante de la culture de sécurité des compagnies de transport.
Une panne technique ne doit jamais devenir une urgence humaine
Une panne peut survenir sur n’importe quel navire, quelle que soit la compagnie.
Il serait irréaliste d’exiger qu’aucun équipement ne tombe jamais en panne.
En revanche, il est parfaitement légitime d’exiger qu’une panne soit anticipée et qu’une réponse adaptée existe.
La différence entre un incident maîtrisé et un accident grave réside souvent dans la préparation.
Chaque compagnie maritime devrait disposer d’un protocole précis concernant les voyageurs à mobilité réduite, comprenant des procédures d’intervention, des équipements adaptés et des exercices réguliers.
Il faut également prévoir des solutions lorsque les ascenseurs restent indisponibles pendant plusieurs heures ou lorsqu’une évacuation devient nécessaire.
Et surtout, aucune personne ne devrait être exposée à une manœuvre dangereuse au seul motif qu’il faut libérer rapidement un espace ou respecter un horaire.
La sécurité humaine doit toujours primer sur les impératifs d’exploitation.
Une question de droits, mais aussi de responsabilité publique
La Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées rappelle l’importance de l’accessibilité, de la mobilité et de l’égalité de traitement.
Les principes applicables en matière de transport maritime et d’assistance aux passagers à mobilité réduite montrent clairement que la prise en compte du handicap n’est pas un supplément facultatif au transport.
Il appartient aux autorités compétentes de contrôler les dispositifs, de vérifier les formations et d’exiger des mesures correctives lorsque des insuffisances sont constatées.
Les gouvernements, les autorités portuaires, les organismes de contrôle et les compagnies ont chacun un rôle à jouer.
La question concerne l’Algérie, la France, la Suisse, l’Europe et l’ensemble des pays où des personnes à mobilité réduite empruntent des moyens de transport collectif.
La sécurité et la dignité humaines ne devraient connaître aucune frontière.
Algérie Ferries : des questions qui méritent des réponses
À la suite de cet accident survenu lors de la traversée Alger–Marseille du 12 septembre 2026, je souhaite que la compagnie Algérie Ferries apporte des éclaircissements sur plusieurs points essentiels.
Quelles procédures sont prévues en cas de panne d’ascenseur ?
Combien de membres d’équipage disposent d’une formation spécifique pour assister les passagers en fauteuil roulant ?
Quels équipements alternatifs sont disponibles à bord ?
Comment les risques de chute sont-ils évalués ?
Quels dispositifs permettent une intervention rapide et sûre, notamment lors de l’embarquement et du débarquement ?
Ces interrogations ne constituent pas une condamnation anticipée de la compagnie ou de son personnel.
Elles représentent une demande de transparence, de responsabilité et d’amélioration.
Il est nécessaire de comprendre ce qui s’est passé, d’examiner les circonstances de l’accident et d’en tirer des enseignements concrets.
Ne pas attendre un drame pour agir
Nous vivons dans des sociétés où la population vieillit et où les besoins en accessibilité augmentent.
La question ne concerne donc pas uniquement les personnes qui utilisent un fauteuil roulant.
Elle concerne également les personnes âgées, les voyageurs temporairement blessés et toutes celles et ceux dont la mobilité peut être réduite.
Une société véritablement inclusive n’attend pas qu’un accident survienne pour découvrir ses insuffisances.
Elle anticipe, elle forme, elle contrôle et elle améliore continuellement ses pratiques.
Mon témoignage ne vise pas à susciter la compassion ni à rechercher une confrontation inutile.
Je souhaite qu’il contribue à faire évoluer les mentalités et les méthodes de travail.
Car derrière chaque règlement, chaque équipement et chaque procédure, il y a une personne, une famille et une vie humaine.
Conclusion : la dignité ne doit jamais dépendre du bon fonctionnement d’une machine
Un ascenseur peut tomber en panne.
Mais l’organisation, la responsabilité et le respect des personnes ne devraient jamais faire défaut.
Ce que j’ai vécu le 12 septembre 2026 à bord d’Algérie Ferries me rappelle combien il reste à accomplir pour que l’accessibilité soit une réalité quotidienne et non une promesse affichée sur des documents.
J’invite Algérie Ferries, les autorités maritimes et l’ensemble des acteurs concernés à ouvrir un dialogue constructif sur la prévention des accidents, la formation des personnels et les procédures d’assistance.
La véritable question n’est pas seulement de savoir pourquoi un ascenseur est tombé en panne. Elle est de savoir pourquoi une telle panne peut encore exposer un être humain au danger.
C’est à cette question que nous devons collectivement apporter une réponse.
Djamel Bourbala
Président de la commission Inclusion Handicap du Centre Genève
Vice-président de Handicap Aménagement Urbanisme (HAU)
Article d’opinion et témoignage personnel — les circonstances exactes de l’accident et les éventuelles responsabilités restent à établir.


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