L’Afrique peut-elle devenir la plus grande puissance économique du XXIᵉ siècle ?

Pendant des décennies, le monde a souvent parlé de l’Afrique comme du « continent de demain ». Cette expression est devenue si fréquente qu’elle a parfois perdu son sens. Pourtant, une réalité s’impose aujourd’hui : l’Afrique n’est plus seulement le continent de demain, elle est en train de devenir un acteur majeur du monde d’aujourd’hui.
Avec une population jeune, des ressources naturelles considérables, un immense potentiel agricole, des entrepreneurs innovants et une urbanisation rapide, le continent possède des atouts que peu de régions réunissent à une telle échelle.
La vraie question n’est donc plus de savoir si l’Afrique a un potentiel.
La question est de savoir si les Africains réussiront à transformer ce potentiel en prospérité.
Une jeunesse qui peut devenir la plus grande richesse du continent
L’Afrique est le continent le plus jeune du monde. Chaque année, des millions de jeunes arrivent sur le marché du travail avec des rêves, des idées et une énergie extraordinaire.
Cette jeunesse représente une opportunité historique.
Mais une jeunesse sans emploi, sans formation ou sans perspective peut aussi devenir une source de frustration et d’instabilité.
L’investissement le plus rentable pour l’Afrique ne sera peut-être ni le pétrole ni les mines.
Ce sera l’éducation.
Former des ingénieurs, des médecins, des artisans, des chercheurs, des enseignants, des agriculteurs modernes, des développeurs et des entrepreneurs est la véritable richesse d’un pays.
Une ressource naturelle peut s’épuiser.
Une génération bien formée peut créer des richesses pendant plusieurs décennies.
Produire en Afrique… et transformer en Afrique
Pendant longtemps, beaucoup de pays africains ont exporté des matières premières et importé des produits transformés.
Le cacao quitte l’Afrique.
Le chocolat revient.
Le coton quitte l’Afrique.
Les vêtements reviennent.
Le café quitte l’Afrique.
Les produits finis reviennent.
Cette logique prive le continent d’une partie importante de la valeur ajoutée.
L’avenir consiste à transformer davantage sur place.
Créer des usines.
Développer des industries alimentaires.
Fabriquer des médicaments.
Transformer les minerais.
Construire des équipements.
L’Afrique doit devenir une terre de production, pas seulement une terre d’extraction.
Le commerce entre Africains est une révolution silencieuse
Pendant des années, les échanges commerciaux africains se sont davantage tournés vers l’Europe, l’Asie ou l’Amérique que vers les pays voisins.
Aujourd’hui, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf/AfCFTA) cherche à créer un marché commun de plus de 1,4 milliard d’habitants et à réduire progressivement les barrières commerciales entre les pays africains. C’est le plus vaste projet d’intégration économique du continent.
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Pourquoi est-ce si important ?
Parce qu’une entreprise sénégalaise devrait pouvoir vendre plus facilement au Ghana.
Une entreprise algérienne au Niger.
Une entreprise ivoirienne au Cameroun.
Une entreprise kényane en Égypte.
Plus les Africains commercent entre eux, plus la richesse reste sur le continent.
Les infrastructures décideront de la réussite africaine
On ne construit pas une économie moderne sans routes, sans chemins de fer, sans ports, sans fibre optique et sans énergie.
L’Afrique investit progressivement dans de grands corridors reliant les régions du continent. La Banque africaine de développement soutient notamment plusieurs projets transafricains destinés à améliorer les échanges commerciaux et la circulation des personnes et des marchandises.
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Une route peut sembler ordinaire.
En réalité, elle rapproche un agriculteur d’un marché, un étudiant d’une université, une entreprise d’un port et un village d’un hôpital.
Les infrastructures créent des opportunités avant même que les entreprises arrivent.
L’énergie : le moteur du développement africain
Impossible d’industrialiser un continent sans électricité.
Des millions d’Africains vivent encore avec un accès limité à une énergie fiable.
Pourtant, le continent possède un potentiel immense :
- Soleil.
- Vent.
- Hydroélectricité.
- Gaz naturel.
- Hydrogène.
- Biomasse.
Le Sahara pourrait devenir l’un des plus grands espaces de production d’énergie solaire au monde.
Mais produire de l’énergie ne suffit pas.
Il faut alimenter les écoles, les usines, les hôpitaux, les centres de recherche et les petites entreprises.
L’énergie doit servir le développement humain.
L’Algérie peut jouer un rôle stratégique
L’Algérie possède une position unique entre la Méditerranée et le continent africain.
Elle peut devenir :
- une porte d’entrée logistique vers l’Afrique ;
- un partenaire énergétique ;
- un centre de formation ;
- un acteur des télécommunications ;
- un pont entre l’Europe et le Sahel.
Les grands projets de routes, de chemins de fer et de fibre optique montrent déjà cette ambition. L’avenir dépendra surtout de leur réalisation concrète.
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Je suis convaincu que l’Algérie a une responsabilité particulière.
Notre histoire avec les mouvements de libération africains est connue.
L’histoire économique reste maintenant à écrire.
Les femmes africaines sont au cœur de cette transformation
Impossible de parler du futur de l’Afrique sans parler des femmes.
Partout sur le continent, elles créent des entreprises, dirigent des exploitations agricoles, enseignent, soignent, innovent et développent des associations.
Pourtant, elles rencontrent encore des obstacles :
- accès au financement ;
- accès à la propriété ;
- accès aux responsabilités ;
- accès à certaines formations.
L’Afrique gagnera énormément lorsque chaque jeune fille pourra développer son talent sans obstacle lié à son sexe.
Le développement n’est jamais complet lorsqu’il laisse de côté la moitié de la population.
La diaspora africaine est une richesse stratégique
Des millions d’Africains vivent aujourd’hui en Europe, en Suisse, au Canada, aux États-Unis ou ailleurs.
La diaspora envoie chaque année des milliards de dollars aux familles africaines.
Mais elle apporte aussi autre chose :
- des compétences ;
- des réseaux ;
- des investissements ;
- des expériences professionnelles ;
- des partenariats.
Je pense que la diaspora doit devenir un partenaire du développement africain, pas seulement un soutien financier.
Elle peut créer des ponts entre les continents.
Une Afrique qui parle d’une seule voix
Le monde change rapidement.
Les grands équilibres économiques évoluent.
L’Afrique représente déjà une voix importante dans les organisations internationales et cherche à renforcer son intégration économique et politique. Des initiatives continentales comme la ZLECAf s’inscrivent dans cette volonté de construire une voix africaine plus forte sur les grandes questions économiques.
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Mais une voix forte exige aussi une coopération plus forte entre les pays africains.
L’avenir sera plus solide si les États africains construisent ensemble des projets communs plutôt que des projets isolés.
Ma conclusion
Pour ma part, je suis profondément optimiste sur l’avenir de l’Afrique.
Je ne parle pas d’un optimisme naïf. Le continent fait face à des défis immenses : chômage, conflits, changement climatique, pauvreté, dette, accès à l’eau, santé et éducation.
Mais je vois aussi une jeunesse extraordinaire, des entrepreneurs courageux, des chercheurs brillants et des femmes qui changent déjà leur société.
Je suis Algérien, Africain et citoyen vivant en Suisse. Cette double expérience me fait croire qu’il est possible de construire des ponts entre les peuples plutôt que des murs.
Je souhaite que l’Algérie joue pleinement son rôle dans cette Afrique qui se construit : une Afrique de la coopération, de la connaissance, de l’innovation et du développement partagé.
Le XXIᵉ siècle peut être le siècle de l’Afrique. Mais il ne le sera pas par hasard. Il le sera si les Africains choisissent d’investir d’abord dans leur intelligence, leur unité et leur capacité à construire ensemble leur propre avenir.


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