Coopératives : créer de la richesse collective

Farmers collaborating around an agricultural map with crops, tools, homes, and market symbols

Les coopératives : une autre façon de créer de la richesse sans tout laisser aux grands groupes

Farmers collaborating around an agricultural map with crops, tools, homes, and market symbols
Farmers gather around a shared map to plan crops, tools, markets, and rural development.

Lorsque nous parlons d’économie, nous pensons souvent à deux acteurs : l’État et les entreprises privées.

Pourtant, il existe un troisième modèle beaucoup moins médiatisé, alors qu’il est présent dans l’agriculture, le logement, la banque, le commerce ou encore certains services : la coopérative. L’Organisation internationale du Travail reconnaît d’ailleurs les coopératives comme une forme d’entreprise à part entière, présente dans de nombreux secteurs économiques. (Organisation internationale du travail)

Son principe est relativement simple.

Des personnes décident de se regrouper pour répondre ensemble à un besoin économique commun. Elles peuvent être agriculteurs, consommateurs, travailleurs, habitants d’un immeuble ou clients d’un établissement financier.

La grande différence se trouve dans la propriété et la gouvernance.

Dans une entreprise classique, celui qui possède davantage de capital dispose généralement de davantage de pouvoir.

Dans une coopérative, le principe repose davantage sur les membres et leur participation. L’objectif reste évidemment d’avoir une activité économiquement viable, mais la recherche du profit pour des investisseurs extérieurs n’est pas nécessairement la priorité.

Cette différence peut sembler théorique.

Elle devient très concrète lorsqu’on regarde l’agriculture.

Imaginons cinquante petits producteurs travaillant chacun séparément.

Individuellement, ils peuvent avoir du mal à acheter du matériel coûteux, négocier avec un grand distributeur, stocker leur production ou financer une unité de transformation.

En se regroupant, ils peuvent acheter certaines machines ensemble.

Créer un entrepôt.

Organiser le transport.

Transformer leurs produits.

Négocier collectivement avec les acheteurs.

Au lieu de vendre individuellement leur production au premier intermédiaire disponible, ils disposent d’un poids économique plus important.

C’est précisément l’une des forces historiques des coopératives agricoles. Elles peuvent intervenir dans la production, l’achat d’intrants, le stockage, la transformation et la commercialisation. (Organisation internationale du travail)

Mais ce modèle ne concerne absolument pas seulement les agriculteurs.

La Suisse en offre elle-même des exemples importants.

Le mouvement coopératif y occupe depuis longtemps une place dans l’économie, notamment dans le commerce, le logement et d’autres secteurs. L’OIT cite d’ailleurs la Suisse parmi les pays où de grandes entreprises coopératives ont atteint une importance économique considérable. (Organisation internationale du travail)

Le logement constitue un autre domaine particulièrement intéressant.

Une coopérative d’habitation ne poursuit pas exactement la même logique qu’un propriétaire immobilier traditionnel.

Les habitants deviennent membres d’une structure qui cherche à fournir durablement des logements plutôt qu’à maximiser uniquement la rentabilité du bien immobilier.

Cela ne signifie évidemment pas que le logement devient gratuit.

Il faut acheter ou construire les bâtiments, les entretenir, financer les rénovations et rembourser les emprunts.

Mais la logique économique peut être différente.

Et dans les villes où le prix du logement devient difficilement supportable pour une partie de la population, cette troisième voie mérite d’être considérée aux côtés du logement public et du marché privé.

Le système coopératif existe également dans la finance.

Des banques coopératives et des caisses de crédit appartiennent à leurs membres ou clients plutôt qu’à des actionnaires traditionnels. Certaines ont atteint une taille considérable en Europe. (Organisation internationale du travail)

Cela montre quelque chose d’important :

une coopérative n’est pas nécessairement une petite association fonctionnant avec quelques bénévoles.

Elle peut devenir une véritable entreprise.

Elle peut employer du personnel.

Investir.

Exporter.

Développer des technologies.

Et réaliser des bénéfices nécessaires à son développement.

La différence réside surtout dans la manière dont l’entreprise est possédée, gouvernée et dans la destination donnée à la richesse créée.

Cette idée pourrait être particulièrement intéressante pour certaines économies africaines.

Prenons l’agriculture.

Des milliers de petits producteurs peuvent cultiver le même produit tout en restant économiquement faibles parce qu’ils vendent séparément.

Une coopérative correctement gérée pourrait permettre de regrouper la production et surtout d’aller plus loin dans la chaîne de valeur.

Au lieu de vendre uniquement des tomates, pourquoi ne pas produire également des conserves ou des sauces ?

Au lieu de vendre uniquement du lait, pourquoi ne pas fabriquer des fromages ou des yaourts ?

Au lieu d’exporter une matière agricole brute, pourquoi ne pas transformer davantage localement ?

Le producteur ne vendrait alors plus seulement une matière première.

Il participerait à la création de la valeur ajoutée.

Mais il faut être prudent.

Le mot « coopérative » ne garantit pas automatiquement la réussite.

Une structure mal administrée peut échouer comme n’importe quelle entreprise.

Il faut une comptabilité sérieuse, une direction compétente, des règles transparentes et des membres réellement impliqués.

Il faut également éviter que quelques personnes prennent progressivement le contrôle d’une organisation créée au départ pour servir l’ensemble des membres.

La gouvernance est donc essentielle.

Une coopérative doit être solidaire, mais elle doit également être professionnelle.

C’est peut-être justement là que se trouve son intérêt pour l’avenir.

Nous cherchons aujourd’hui des modèles économiques capables de concilier efficacité, emploi local et meilleure répartition de la richesse.

Il ne s’agit pas de remplacer toutes les entreprises privées par des coopératives.

Ce serait absurde.

Nous avons besoin d’entrepreneurs, d’investisseurs, de PME, de grandes entreprises et de services publics.

Mais entre l’entreprise détenue par quelques actionnaires et l’activité entièrement contrôlée par l’État, il existe aussi la possibilité d’entreprendre collectivement.

Et cette possibilité mérite probablement beaucoup plus d’attention.

Ma conclusion

Pour ma part, je trouve le modèle coopératif particulièrement intéressant parce qu’il ne demande pas de choisir entre l’économie et la solidarité.

On peut créer une entreprise, gagner de l’argent, investir et développer une activité tout en faisant en sorte que ceux qui participent au projet possèdent également une partie de l’outil économique.

Je pense notamment à l’Afrique.

Nous parlons souvent d’aider les petits producteurs. Mais je préfère une logique qui leur donne davantage de pouvoir économique.

Aider ponctuellement un agriculteur est utile.

Lui permettre de s’organiser avec d’autres producteurs, de transformer sa production et de mieux négocier peut changer durablement sa situation.

Je pense également que nous devrions regarder davantage ce modèle en Europe et en Suisse, notamment lorsqu’il s’agit du logement ou du maintien de certaines activités locales.

Je ne prétends pas que la coopérative soit la solution à tous les problèmes.

Mais dans une époque où une partie de la population a parfois l’impression que l’économie se décide toujours très loin d’elle, remettre les citoyens, les travailleurs ou les producteurs dans la propriété et la décision économique mérite d’être étudié sérieusement.

La richesse collective ne consiste pas seulement à partager ce qui existe déjà. Elle consiste aussi à donner à davantage de personnes la possibilité de créer et de posséder ensemble ce qu’elles construisent.


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