Les défis du financement des infrastructures en Afrique

African highway, bridge, and power lines

Pourquoi l’Afrique paie-t-elle parfois plus cher pour emprunter que d’autres régions du monde ?

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Lorsqu’un État veut construire des routes, des hôpitaux, des centrales électriques, des écoles ou des réseaux ferroviaires, il ne dispose pas toujours immédiatement de l’argent nécessaire.

Comme une entreprise ou un particulier, il peut emprunter.

Mais tous les pays n’empruntent pas aux mêmes conditions.

Deux États peuvent vouloir financer des infrastructures comparables et se voir proposer des taux d’intérêt très différents. Pour de nombreux pays africains, le coût du financement constitue aujourd’hui un obstacle majeur au développement.

Cette question peut sembler réservée aux économistes.

En réalité, elle concerne directement la population.

Plus un État paie cher pour emprunter, moins il lui reste de moyens pour financer ses services publics et ses investissements.

Pourquoi ces différences existent-elles ?

Lorsqu’un investisseur prête de l’argent à un État, il cherche à évaluer le risque de ne pas être remboursé correctement.

Il examine la dette du pays, ses recettes, ses réserves financières, sa stabilité économique, sa monnaie, sa situation politique et ses perspectives de croissance.

Plus le risque paraît élevé, plus le prêteur demande généralement une rémunération importante.

Cette logique peut se comprendre.

Mais elle produit parfois un cercle particulièrement difficile.

Un pays a besoin d’investissements pour développer son économie.

Il doit donc emprunter.

Comme il est considéré comme risqué, il emprunte cher.

Une partie importante de ses recettes sert ensuite à payer les intérêts.

Il dispose alors de moins d’argent pour investir dans les infrastructures qui auraient justement permis d’améliorer son économie.

Le risque élevé provoque un financement coûteux, et le financement coûteux peut lui-même aggraver le risque.

La question de la perception est également importante.

Les investisseurs internationaux ne peuvent pas analyser personnellement la situation de chaque pays. Ils utilisent donc différents indicateurs et évaluations, notamment celles des agences de notation financière.

Ces évaluations jouent un rôle important dans les marchés internationaux.

Mais elles font également l’objet de débats.

Certains responsables africains considèrent que les économies du continent sont parfois perçues avec une prudence excessive ou insuffisamment différenciée.

Car parler de « l’Afrique » comme d’un seul risque économique n’a évidemment aucun sens.

Le continent compte plus de cinquante États aux économies, institutions, ressources et situations financières très différentes.

Un pays bien géré ne devrait pas être automatiquement assimilé aux difficultés rencontrées ailleurs.

Il existe aussi le problème des monnaies.

Lorsqu’un État emprunte dans une monnaie étrangère, par exemple en dollars ou en euros, puis que sa propre monnaie perd de la valeur, le remboursement devient plus lourd.

Le pays peut avoir emprunté exactement la même somme, mais devoir mobiliser davantage de sa monnaie nationale pour acheter les devises nécessaires au remboursement.

Cette vulnérabilité montre pourquoi le développement de marchés financiers africains plus solides pourrait devenir stratégique.

Si davantage de projets pouvaient être financés localement ou régionalement, dans les monnaies africaines lorsque cela est possible, certaines dépendances pourraient diminuer.

Les banques africaines, les fonds de pension, les institutions régionales et les investisseurs locaux pourraient participer davantage au financement des infrastructures.

Mais pour attirer l’épargne vers des investissements à long terme, la confiance est indispensable.

Les États ont donc également leur part de responsabilité.

La transparence des finances publiques, la lutte contre la corruption, la stabilité juridique et la qualité des institutions sont essentielles.

Un investisseur acceptera plus facilement de financer un projet sur vingt ans s’il sait que les règles ne changeront pas brutalement et que les comptes publics sont fiables.

Il faut également mieux sélectionner les projets financés par la dette.

Emprunter pour construire une infrastructure capable de soutenir l’activité économique n’est pas nécessairement mauvais.

Une route peut faciliter le commerce.

Un réseau électrique peut permettre à des entreprises de fonctionner.

Une ligne ferroviaire peut réduire les coûts de transport.

Une école ou une université peut former les compétences dont l’économie aura besoin demain.

La dette devient beaucoup plus problématique lorsque l’argent emprunté est mal utilisé, détourné ou consacré à des projets dont la population ne retire presque aucun bénéfice.

La véritable question n’est donc pas seulement :

« Combien un pays doit-il ? »

Il faut également demander :

« Qu’a-t-il construit avec cet argent ? »

La coopération internationale peut aussi jouer un rôle.

Les banques multilatérales de développement peuvent garantir certains financements ou participer à des projets afin de réduire le risque supporté par les investisseurs privés.

Cela peut permettre de financer des infrastructures qui seraient autrement considérées comme trop risquées.

Mais l’objectif à long terme ne devrait pas être de maintenir les pays africains dans une dépendance permanente envers les financements extérieurs.

L’enjeu est de renforcer progressivement leur capacité à mobiliser leurs propres ressources.

L’Afrique possède une population considérable, des entreprises, des ressources naturelles, une diaspora importante et une épargne qui pourrait davantage contribuer à son développement si des mécanismes fiables étaient mis en place.

La question du financement est donc aussi une question de souveraineté économique.

Un continent qui dépend constamment des décisions financières prises ailleurs dispose de moins de liberté pour déterminer ses propres priorités.

Ma conclusion

Pour ma part, je pense qu’il faut sortir d’une vision trop simple dans laquelle chaque difficulté financière africaine serait automatiquement expliquée soit par les marchés internationaux, soit par les gouvernements africains.

Les responsabilités existent des deux côtés.

Les investisseurs doivent évaluer chaque pays selon sa réalité et non selon une image générale du continent.

Mais les États africains doivent également améliorer leur gouvernance, rendre leurs finances plus transparentes et démontrer que l’argent emprunté sert réellement au développement.

Je pense surtout que l’Afrique doit progressivement construire ses propres capacités financières.

Les ressources naturelles ne suffisent pas. La diaspora ne suffit pas. Les investissements étrangers ne suffisent pas non plus.

Il faut réussir à réunir ces forces autour de projets crédibles et productifs.

Car lorsqu’un pays emprunte pour construire l’avenir, la dette peut être un outil.

Mais lorsqu’il emprunte simplement pour payer les conséquences du passé, elle peut devenir une prison pour les générations suivantes.


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