Construire des ponts : diaspora africaine en Suisse

Five friends walking across a cable-stayed bridge at sunset

La diaspora africaine en Suisse et en Europe : une force encore trop peu reconnue

Five friends walking across a cable-stayed bridge at sunset
A group of friends walks across a sweeping cable-stayed bridge as the sun sets over the bay.

Lorsque l’on parle des Africains vivant en Suisse ou en Europe, le débat se concentre encore trop souvent sur l’immigration, l’intégration ou les difficultés sociales.

Cette vision est incomplète.

La diaspora africaine est aussi composée de salariés, d’entrepreneurs, de chercheurs, de soignants, d’artisans, d’étudiants, d’artistes, de responsables associatifs et de nombreuses personnes qui participent quotidiennement à la société dans laquelle elles vivent.

Elle représente surtout un pont humain, économique et culturel entre deux continents.

Cette réalité mérite davantage d’attention.

En Europe, les personnes issues des diasporas africaines sont présentes dans pratiquement tous les secteurs de l’économie et de la société. Une étude consacrée aux organisations de l’économie sociale et solidaire de personnes d’ascendance africaine en Europe montre d’ailleurs leur présence dans de nombreux domaines et leur contribution à la fois aux pays de résidence et aux pays d’origine. (Sage Journals)

Mais cette contribution ne s’arrête pas aux frontières européennes.

Chaque année, une partie importante des revenus gagnés à l’étranger retourne vers l’Afrique sous forme de transferts financiers.

Ces sommes permettent à des familles de payer des études, des soins médicaux, un logement ou de développer une petite activité économique. Selon les Perspectives économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement, les transferts vers l’Afrique ont atteint environ 104,8 milliards de dollars en 2024, devenant l’une des principales sources de financement extérieur du continent. (Banque Africaine de Développement)

Cette réalité doit nous faire changer de regard.

L’argent envoyé à la famille est important, mais la diaspora ne devrait pas être considérée uniquement comme un portefeuille destiné à envoyer de l’argent au pays.

Sa richesse est également constituée de compétences.

Une personne qui travaille pendant vingt ans dans une entreprise suisse, française, allemande ou belge acquiert une expérience professionnelle, des méthodes de gestion, des connaissances techniques et un réseau.

Un médecin acquiert une expertise.

Un ingénieur découvre de nouvelles technologies.

Un entrepreneur apprend à développer une entreprise.

Un responsable associatif comprend le fonctionnement des institutions.

Ces connaissances peuvent ensuite circuler entre l’Europe et l’Afrique sans que la personne soit obligée de retourner définitivement dans son pays d’origine.

C’est ce que nous devrions davantage encourager : la circulation des compétences.

Une entrepreneuse africaine installée en Suisse pourrait accompagner une entreprise dans son pays d’origine.

Un ingénieur pourrait participer ponctuellement à un projet.

Des professionnels pourraient intervenir dans des universités, conseiller des associations ou accompagner de jeunes entrepreneurs.

La diaspora peut également faciliter les relations économiques entre les deux continents parce qu’elle connaît souvent les deux environnements.

Elle comprend les habitudes européennes mais conserve des liens familiaux, culturels ou professionnels avec l’Afrique.

Cette double connaissance peut devenir un avantage considérable.

Des programmes européens commencent d’ailleurs à reconnaître ce potentiel. Certaines initiatives cherchent désormais à transformer une partie des transferts financiers de la diaspora en investissements dans de petites entreprises africaines. (GIZ)

La Suisse reconnaît elle aussi le rôle économique que peuvent jouer les migrants dans le développement de leurs pays d’origine, notamment par les transferts financiers, les investissements et les connaissances des marchés locaux. (SECO)

Et cette réflexion prend une dimension particulièrement intéressante aujourd’hui : en 2026, la Suisse assume la présidence du Processus de Rabat, dialogue euro-africain réunissant des pays africains et européens autour des questions de migration et de développement. (Département fédéral des finances)

Mais il existe encore des obstacles.

De nombreux projets portés par la diaspora restent isolés.

Une personne veut investir dans son pays d’origine, mais ne sait pas vers quelle institution se tourner.

Une association possède une bonne idée, mais manque de partenaires.

Un entrepreneur souhaite travailler entre la Suisse et l’Afrique, mais rencontre des difficultés administratives ou ne trouve pas les bons interlocuteurs.

Les compétences existent.

Les réseaux existent.

Les capitaux existent parfois.

Ce qui manque souvent, c’est l’organisation permettant de les réunir.

C’est là que les associations de diaspora peuvent jouer un rôle beaucoup plus important.

Elles ne devraient pas seulement organiser des manifestations culturelles, même si celles-ci sont essentielles pour maintenir les liens et transmettre les cultures aux nouvelles générations.

Elles peuvent également devenir des espaces de coopération économique, de formation, de mentorat et de mise en relation.

Imaginez un réseau réunissant des entrepreneurs, des étudiants, des médecins, des ingénieurs, des artisans, des associations et des investisseurs africains établis en Suisse.

Chacun conserverait son identité et son indépendance.

Mais lorsqu’un projet sérieux apparaîtrait, le réseau pourrait rechercher les compétences nécessaires.

Cette organisation permettrait également de mieux faire entendre la voix des diasporas auprès des institutions.

Car l’intégration ne signifie pas oublier ses origines.

On peut participer pleinement à la société suisse, française, belge, allemande ou italienne tout en conservant un lien profond avec l’Afrique.

Ces deux appartenances ne sont pas forcément contradictoires.

Elles peuvent même devenir une richesse.

Les nouvelles générations le démontrent particulièrement bien.

De nombreux jeunes nés ou ayant grandi en Europe possèdent plusieurs références culturelles. Ils parlent plusieurs langues, connaissent plusieurs sociétés et peuvent développer des réseaux internationaux beaucoup plus naturellement que les générations précédentes.

Il faut leur donner la possibilité de transformer cette richesse culturelle en opportunités professionnelles, économiques et sociales.

L’Afrique et l’Europe sont géographiquement proches.

Elles sont aussi profondément liées par leur histoire.

La diaspora pourrait devenir l’un des acteurs capables de construire une relation différente entre les deux continents : moins fondée sur l’assistance et davantage sur le partenariat.

Ma conclusion

Pour ma part, je pense que nous devons changer profondément notre manière de regarder la diaspora africaine en Suisse et en Europe.

Je ne veux pas qu’elle soit uniquement évoquée lorsqu’on parle d’immigration ou de problèmes d’intégration.

Je veux que l’on parle aussi de ses compétences, de ses entrepreneurs, de ses associations, de ses jeunes, de ses femmes et de tous ceux qui contribuent chaque jour aux sociétés européennes tout en conservant des liens avec l’Afrique.

Mais je pense également que nous, membres et acteurs de cette diaspora, avons une responsabilité.

Nous devons mieux nous organiser.

Il existe énormément d’associations et de compétences, mais nous travaillons encore trop souvent séparément. Nous devons apprendre à nous connaître, à créer des passerelles et à construire des projets communs sans demander à chacun d’abandonner son identité.

Je crois beaucoup à cette idée : unir sans effacer les différences.

La diaspora africaine ne doit pas simplement envoyer de l’argent vers l’Afrique. Elle peut transmettre des compétences, créer des entreprises, favoriser les investissements, ouvrir des réseaux et participer au développement durable.

Et elle peut également apporter énormément à la Suisse et à l’Europe.

Notre force n’est pas seulement d’avoir un pied en Afrique et un pied en Europe. Notre force est de pouvoir construire des ponts entre les deux.


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