
Les primes maladie augmenteront en moyenne de 5 % en 2027. Derrière cette moyenne, il y a des personnes qui n’ont pas le choix de se soigner : malades chroniques, personnes en situation de handicap, personnes vivant avec une maladie psychique. Pour elles, chaque hausse pose une question simple : comment continuer à se soigner sans s’appauvrir ?
Par Djamel Bourbala
Hier, comme chaque fin septembre, la Confédération a annoncé les primes de l’année prochaine. Et comme presque chaque année, la nouvelle n’est pas bonne. Dans beaucoup de foyers, on a sorti la calculatrice. Dans certains, on s’est surtout demandé ce qu’on allait devoir sacrifier.
Une hausse de plus, dans une longue série
Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), la prime moyenne progressera de 5,0 % en 2027 et atteindra environ 412 francs par mois. Le Jura connaîtra la plus forte hausse, avec 6,6 %, et le Tessin reste le canton où la prime moyenne est la plus élevée, à près de 520 francs. Cette augmentation s’ajoute aux précédentes : +6,6 % en 2023, +8,7 % en 2024, +6,0 % en 2025 et +4,4 % en 2026.
L’OFSP explique cette évolution par l’augmentation du nombre de traitements, le vieillissement de la population et les progrès de la médecine. Et l’office ne voit, pour l’instant, aucun signe de ralentissement. Ce sont des explications réelles. Mais elles ne disent rien de ce que vivent les personnes qui, elles, ne peuvent pas réduire leur consommation de soins.
Quand on ne peut pas « consommer moins »
On entend souvent qu’il faudrait responsabiliser les assurés. L’idée est compréhensible. Mais une personne atteinte de diabète, de sclérose en plaques, d’une maladie rhumatismale ou d’un trouble psychique ne choisit pas d’aller chez le médecin par confort. Ses consultations, ses médicaments et ses thérapies font partie de sa vie, souvent pour toujours.
Pour ces personnes, la facture ne se limite pas à la prime. Il y a la franchise, qui est atteinte chaque année, la quote-part, puis tout ce que l’assurance de base ne rembourse pas : certains soins dentaires, des lunettes, des déplacements, parfois un soutien à domicile. Pour une personne en situation de handicap qui vit avec un petit revenu, c’est une charge qui revient tous les mois, sans pause.
Renoncer aux soins : un signal d’alarme
Le chiffre qui m’inquiète le plus n’est pas celui des primes, mais celui du renoncement. Selon l’Observatoire suisse de la santé, 5,5 % des personnes de 16 ans et plus ont renoncé en 2024 à des soins médicaux ou dentaires nécessaires pour des raisons financières. Entre 2015 et 2022, cette part tournait autour de 3 %. Chez les personnes menacées de pauvreté, elle atteint près de 10 %.
À Genève, l’étude Bus Santé des HUG va plus loin : en 2025, 26 % de la population genevoise disait avoir renoncé à des soins pour des raisons financières, contre 16 % en 2011. Sur la même période, les primes ont augmenté d’environ 62 %. L’étude montre aussi que les personnes en mauvaise santé font partie des groupes les plus exposés. Autrement dit, ceux qui ont le plus besoin de soins sont aussi ceux qui risquent le plus d’y renoncer.
Renoncer à un contrôle, reporter une consultation, espacer un suivi psychologique : sur le moment, cela semble raisonnable. Mais une maladie mal suivie finit souvent par coûter plus cher, en santé comme en argent. Et je le rappelle clairement : on ne modifie ni n’arrête jamais un traitement pour des raisons d’argent sans en parler d’abord à son médecin ou à son pharmacien. Il existe souvent des solutions, comme un générique ou un autre rythme de suivi.
La franchise minimale en question
Dans ce contexte, un autre débat mérite toute notre attention. En mars 2026, le Conseil fédéral a mis en consultation une hausse de la franchise minimale de 300 à 400 francs, pour répondre à une motion adoptée par le Parlement. La dernière hausse date de 2004. L’objectif affiché est de renforcer la responsabilité individuelle et de freiner les coûts.
Je comprends la volonté de maîtriser les dépenses. Mais une étude de la Haute école spécialisée bernoise rappelle que cette mesure transférerait environ 410 millions de francs par an vers les patients, et que ce sont surtout les malades chroniques, les personnes âgées et les ménages modestes qui paieraient l’addition. Une personne qui se soigne toute l’année atteint de toute façon sa franchise. Pour elle, 100 francs de plus ne changent pas son comportement ; ils réduisent seulement son budget.
Des leviers existent
Il ne s’agit pas seulement de s’indigner. Depuis le 1er janvier 2026, le contre-projet à l’initiative d’allègement des primes est en vigueur : chaque canton doit fixer la part maximale que les primes peuvent représenter dans le revenu disponible des assurés. C’est un outil important. Encore faut-il que les cantons fixent des objectifs ambitieux et tiennent compte des frais réels liés à la maladie et au handicap.
Je plaide pour trois choses simples :
- que les réductions de primes soient calculées en tenant compte des frais de santé effectivement supportés par les malades chroniques et les personnes en situation de handicap ;
- que toute mesure de « responsabilisation » soit évaluée d’abord sous l’angle de ses effets sur le renoncement aux soins ;
- que l’information sur les aides existantes, les changements de caisse et les modèles d’assurance soit claire, accessible et disponible en langage simple.
À titre pratique, c’est le bon moment pour comparer les offres : le changement de caisse pour l’année suivante doit en principe être annoncé d’ici fin novembre. Les associations de consommateurs et les organisations d’aide aux personnes handicapées peuvent accompagner celles et ceux qui se sentent perdus devant ces démarches.
Ma conclusion
La hausse des primes touche tout le monde, mais pas de la même manière. Pour une personne en bonne santé, c’est une mauvaise nouvelle. Pour une personne qui vit avec une maladie chronique ou un handicap, c’est parfois un choix impossible entre se soigner et boucler le mois. Une société inclusive se reconnaît à la manière dont elle protège celles et ceux qui ne peuvent pas se passer de soins.
Se soigner ne devrait jamais être un luxe.
Sources : SWI swissinfo.ch, « Nouvelle envolée des primes maladie en 2027 » (29.09.2026) ; Obsan / MonAM, renoncement à des prestations pour raisons financières ; HUG, étude Bus Santé ; OFSP, consultation sur la franchise minimale (13.03.2026) ; BFH, « Relèvement de la franchise minimale : qui paie l’addition ? » (20.05.2026) ; Confédération, entrée en vigueur du contre-projet à l’initiative d’allègement des primes.
— Djamel Bourbala


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