
Près d’un actif sur trois se dit émotionnellement épuisé, et les absences pour raisons de santé ont nettement augmenté en dix ans. Il est temps de traiter la santé psychique au travail comme un enjeu collectif.
Par Djamel Bourbala
Nous connaissons tous quelqu’un qui « tient le coup ». Qui rentre le soir vidé, qui n’a plus l’énergie de voir ses amis, qui dort mal et repart le lendemain en se disant que ça ira mieux après les vacances. Parfois, cette personne, c’est nous.
Des chiffres qui ne peuvent plus être ignorés
Selon le Job Stress Index de Promotion Santé Suisse, 30 % des personnes actives se disaient émotionnellement épuisées lors de la dernière enquête, un niveau jamais atteint depuis 2014. Chez les jeunes femmes de 16 à 24 ans, la proportion dépassait 40 %, contre environ 14 % chez les jeunes hommes du même âge.
Travail.Suisse, l’organisation faitière des travailleurs, relève de son côté que les absences pour raisons de santé ont augmenté d’environ 30 % en dix ans, et que plus d’un tiers des salariés se disent souvent trop épuisés après le travail pour s’occuper de leurs affaires personnelles.
Le coût est aussi économique. Promotion Santé Suisse estimait que de meilleures conditions de travail pourraient représenter un gain potentiel de plusieurs milliards de francs par an, grâce à moins d’absences et à moins de présence « à moitié » au poste de travail.
Pas une faiblesse individuelle
Trop souvent, on renvoie l’épuisement à la personne : elle devrait mieux s’organiser, faire du sport, apprendre à dire non. Ces conseils ont leur place. Mais ils oublient l’essentiel : la charge de travail, le manque de reconnaissance, la pression permanente et les outils numériques qui ne s’éteignent jamais.
Les risques physiques au travail sont décrits avec précision : casques, protections, normes. Les risques psychosociaux, eux, restent flous. Travail.Suisse propose notamment de mieux reconnaître les maladies liées au stress et d’introduire une assurance d’indemnités journalières obligatoire pour tous. On peut en discuter les modalités, mais la question est posée.
Le lien avec l’inclusion
Pour moi, cette question touche directement l’inclusion. Un milieu de travail qui épuise ses employés en bonne santé laisse encore moins de place aux personnes qui vivent avec une maladie psychique ou un handicap. À l’inverse, une entreprise qui protège la santé mentale de tous devient naturellement plus accueillante pour chacun.
Quelques gestes concrets font déjà la différence : des charges de travail réalistes, un droit réel à la déconnexion, des cadres formés à repérer les signes d’épuisement, et un retour au travail progressif et accompagné après une absence.
Et à titre personnel : si l’épuisement dure, il ne faut pas attendre. En parler à son médecin de famille est un bon premier pas.
Ma conclusion
La santé mentale au travail n’est pas une affaire privée qu’on règle seul le soir en rentrant. C’est une responsabilité partagée entre les employeurs, les autorités et chacun de nous.
Un travail qui fait vivre ne devrait pas épuiser la vie.
Sources : OFSP / MonAM, épuisement émotionnel (Job Stress Index) ; REISO, Job Stress Index ; Travail.Suisse (01.12.2025) ; Promotion Santé Suisse.
— Djamel Bourbala


Laisser un commentaire