
La Suisse compte l’une des plus fortes densités de psychiatres au monde. Pourtant, il faut attendre en moyenne 41 jours pour un rendez-vous, et 56 pour un enfant ou un adolescent. Ce paradoxe mérite des réponses.
Par Djamel Bourbala
Quand on se casse une jambe, personne ne nous dit de revenir dans six semaines. Quand on traverse une dépression, une crise d’angoisse ou un épuisement profond, c’est pourtant souvent ce qui arrive.
Selon des chiffres publiés cette semaine, le délai d’attente moyen pour une consultation en psychiatrie atteint 41 jours en Suisse. Pour les enfants et les adolescents, il monte à 56 jours. À titre de comparaison, on attend en moyenne 9 jours en chirurgie générale et 7 jours en oncologie.
Beaucoup de psychiatres, mal répartis
Le plus étonnant, c’est que la Suisse ne manque pas de psychiatres sur le papier. Elle a la plus forte densité parmi les pays de l’OCDE. Leur nombre a plus que doublé en vingt ans, passant d’environ 2000 en 2000 à plus de 4600 en 2022.
Le problème, c’est la répartition. Obwald compte environ 10 psychiatres pour 100 000 habitants. Genève en compte près de 100, Bâle-Ville plus de 120. Selon l’endroit où l’on vit, l’accès aux soins psychiques n’est tout simplement pas le même.
Et le Parlement vient de refuser d’assouplir les règles d’admission pour la psychiatrie adulte. On peut débattre de cette décision, qui vise à garantir la qualité de la formation. Mais elle ne résout pas la question de fond : comment raccourcir l’attente ?
Attendre, ce n’est jamais neutre
En santé psychique, le temps compte. Quelques semaines d’attente peuvent suffire pour qu’une difficulté passagère devienne un arrêt de travail, une rupture scolaire ou un isolement durable.
Les personnes en situation de handicap, celles qui ont peu de moyens ou celles qui vivent loin des centres urbains sont souvent les plus pénalisées. Elles ont moins de marge pour chercher ailleurs, payer de leur poche ou se déplacer loin.
Des pistes existent déjà
Depuis 2022, les psychologues-psychothérapeutes peuvent facturer à l’assurance de base sur prescription médicale. Selon l’Office fédéral de la santé publique, cette nouvelle réglementation a fait ses preuves. C’est une bonne base. Il faut aller plus loin :
- Renforcer l’offre dans les régions sous-dotées, par exemple avec des consultations mobiles ou à distance quand c’est adapté.
- Donner la priorité aux jeunes, pour qui 56 jours d’attente représentent parfois un trimestre scolaire perdu.
- Mieux orienter dès le premier contact, pour que chacun trouve rapidement le bon niveau d’aide : médecin de famille, psychologue, psychiatre ou groupe de soutien.
Et en attendant un rendez-vous, personne ne devrait rester seul. En cas de besoin, La Main Tendue répond au 143, et les jeunes peuvent joindre le 147 de Pro Juventute. En cas d’urgence, il faut appeler le 144.
Ma conclusion
On dit souvent qu’il n’y a pas de santé sans santé mentale. Alors il faut en tirer les conséquences : un délai de six semaines, accepté nulle part ailleurs en médecine, ne devrait pas être accepté ici non plus.
Quand on souffre, chaque jour d’attente compte.
Sources : Medinside (22.09.2026) ; OFSP, psychothérapie pratiquée par des psychologues ; FMH, modèle de la prescription.
— Djamel Bourbala


Laisser un commentaire