
La deuxième édition de l’indice d’inclusion de Pro Infirmis montre de légers progrès, mais une réalité qui reste dure : pour l’immense majorité des personnes concernées, l’exclusion fait encore partie du quotidien.
Par Djamel Bourbala
Cette semaine, le Conseil national a approuvé le contre-projet à l’initiative pour l’inclusion. Le débat va se poursuivre au Conseil des États. Avant d’aller plus loin, il me semble utile de revenir à une question simple : comment les personnes handicapées vivent-elles aujourd’hui l’inclusion en Suisse ?
La réponse existe. Elle s’appelle l’indice d’inclusion, une étude nationale représentative menée par Pro Infirmis. La deuxième édition, publiée en juin, a interrogé plus de 2200 personnes de 16 à 64 ans dans toutes les régions linguistiques, sur dix domaines de la vie. Et pour la première fois, on peut comparer avec 2023.
Quatre sur cinq : le chiffre qui résume tout
Environ quatre personnes handicapées sur cinq se sentent fortement exclues dans au moins un domaine de leur vie. Ce n’est pas un ressenti marginal. C’est la norme.
Les domaines les plus touchés parlent d’eux-mêmes :
- La politique : 46 % se sentent fortement limités, et près de trois personnes sur quatre estiment ne pas être assez représentées.
- Le travail : 46 % également, et quatre personnes sur cinq jugent leurs chances faibles sur le marché du travail ordinaire.
- La mobilité : 44 %, avec deux personnes sur cinq limitées dans l’utilisation des transports publics.
- Les loisirs : 41 %. La formation : 34 %. Le logement : 24 %.
De petits progrès, qui montrent que ça peut bouger
Il y a une bonne nouvelle, et je veux la souligner. Depuis 2023, la situation s’est légèrement améliorée en politique et dans l’emploi. Selon l’étude, c’est notamment lié à une représentation politique un peu plus forte des personnes handicapées.
Cela confirme ce que je défends depuis longtemps : quand les personnes concernées sont présentes là où se prennent les décisions, les choses avancent. La Session des personnes handicapées du 21 octobre, au Palais fédéral, s’inscrit exactement dans cette logique.
Mais ne nous racontons pas d’histoires. Des progrès légers restent légers. Le responsable de Pro Infirmis l’a dit clairement : l’inclusion est encore loin d’être une réalité solide, et la Confédération comme les cantons ont encore beaucoup de travail.
Ce que ces chiffres demandent au Parlement
Le contre-projet que le Conseil national vient d’adopter parle de libre choix du logement, d’assistance et d’accès au travail. C’est bien. Mais l’indice d’inclusion montre que le travail et la participation politique sont justement les deux domaines où l’exclusion est la plus forte.
Au moment où le Conseil des États reprendra le dossier, je lui demande une chose : regarder ces chiffres en face. Une loi sur l’inclusion doit se mesurer à sa capacité à faire baisser ce « quatre sur cinq », pas au nombre de principes qu’elle affiche.
Ma conclusion
L’indice d’inclusion a une grande qualité : il donne la parole aux personnes concernées elles-mêmes. Ce ne sont pas des experts qui jugent à leur place. Ce sont elles qui disent où ça bloque.
Rendez-vous dans trois ans pour la prochaine édition. J’espère sincèrement que, d’ici là, les décisions prises à Berne auront transformé ces légers progrès en véritable changement.
L’inclusion ne se décrète pas : elle se mesure dans la vie de chacun.
Sources : Pro Infirmis, Indice d’inclusion 2026 ; Communiqué Pro Infirmis (12.06.2026) ; LFM / Keystone-ATS (21.09.2026) ; Inclusion Handicap.
— Djamel Bourbala


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