Éco-anxiété : quand l’inquiétude pour le climat pèse sur la santé mentale

Une jeune personne vue de dos, assise sur un banc au bord d'un lac suisse au crépuscule, regardant les montagnes sous un ciel brumeux
Une jeune personne vue de dos, assise sur un banc au bord d'un lac suisse au crépuscule, regardant les montagnes sous un ciel brumeux
S’inquiéter pour le climat n’est pas une maladie, mais personne ne devrait porter cette inquiétude seul. (Image d’illustration générée par IA)

Aujourd’hui, l’ONU réunit les dirigeants du monde pour un sommet sur le climat. En Suisse, une étude genevoise montre que l’inquiétude climatique est très répandue et qu’elle est liée à l’anxiété. Ce n’est pas une maladie, mais c’est une souffrance qu’il faut prendre au sérieux.

Par Djamel Bourbala

Ce mercredi 23 septembre, le Secrétaire général des Nations unies accueille à New York un sommet sur le climat. Objectif affiché : accélérer la transition, débloquer les financements et protéger les populations. Dix ans après l’Accord de Paris, on y parlera beaucoup d’énergie, de dollars et de tonnes de CO2.

On y parlera beaucoup moins de ce que la crise climatique fait déjà à nos têtes et à nos cœurs. C’est pourtant une réalité que la Suisse commence à mesurer.

Trois Genevois sur quatre se disent inquiets

En avril, des chercheurs des Hôpitaux universitaires de Genève ont publié dans la revue npj Climate Action une étude menée auprès de plus de 3000 habitants du canton. Résultat : 37 % se disent « alarmés » par le changement climatique et 39 % « préoccupés ». Autrement dit, plus de trois personnes sur quatre.

L’étude va plus loin. Elle montre que l’inquiétude pour le climat est associée à davantage d’anxiété, et dans une moindre mesure à des symptômes dépressifs. Les femmes sont plus souvent concernées que les hommes. Et chez un peu plus d’une personne sur dix, inquiétude climatique et anxiété se cumulent.

Un psychiatre des HUG le résume ainsi dans la presse romande : après chaque canicule, chaque sécheresse ou chaque incendie de forêt, une éco-anxiété qui dormait se réveille et s’intensifie. Après l’été que nous venons de vivre, on comprend pourquoi.

Les jeunes portent une inquiétude plus large

Chez les jeunes, le climat s’ajoute à d’autres inquiétudes. L’étude jeunesse de Pro Juventute, publiée en mars et menée auprès des 14-25 ans dans tout le pays, montre qu’une large majorité se sent bien psychiquement. Mais environ un tiers s’inquiète de la situation mondiale, 40 % s’inquiètent des guerres, et un tiers craint pour son avenir professionnel. Un jeune sur dix suit une psychothérapie.

Un autre chiffre m’a frappé : un jeune sur dix se tourne vers une intelligence artificielle quand il a des soucis. Cela dit quelque chose de notre époque. Quand on a peur de l’avenir, on cherche quelqu’un à qui parler. Encore faut-il trouver une oreille humaine disponible.

Pas une maladie, mais une souffrance réelle

Il faut être clair : l’éco-anxiété n’a pas de définition officielle et n’est pas une pathologie en soi. S’inquiéter face à une menace réelle est même une réaction saine. C’est souvent ce qui pousse à agir.

Mais chez certaines personnes, cette inquiétude devient envahissante : troubles du sommeil, sentiment d’impuissance, difficulté à se projeter, impossibilité de lire les nouvelles sans être submergé. À ce stade, ce n’est plus une question d’opinion sur le climat. C’est une question de santé.

Et cette souffrance n’est pas répartie au hasard. Les personnes qui vivent déjà avec une fragilité psychique, les personnes isolées, celles qui ont moins de moyens pour se protéger de la chaleur ou d’un événement extrême sont souvent les plus exposées. La crise climatique aggrave des inégalités qui existent déjà.

Ce qui aide vraiment

Les spécialistes s’accordent sur un point : l’engagement concret, seul ou avec d’autres, réduit le sentiment d’impuissance. Un jardin partagé, une association, un projet dans son quartier ou à l’école : agir redonne une prise sur le réel.

Je vois aussi trois pistes collectives :

  1. Former les professionnels de première ligne (médecins de famille, enseignants, travailleurs sociaux) à reconnaître cette souffrance, sans la minimiser ni la dramatiser.
  2. Créer des espaces de parole dans les écoles, les hautes écoles et les lieux associatifs, où l’on peut exprimer ses peurs sans être jugé.
  3. Informer sans paralyser : parler des solutions et des progrès, pas seulement des catastrophes. Le discours médiatique a une responsabilité.

Et si l’inquiétude devient trop lourde, il ne faut pas rester seul. En parler à un proche, à son médecin ou à un professionnel de la santé psychique, c’est un premier pas. Les jeunes peuvent aussi joindre le 147 de Pro Juventute, par téléphone, par SMS ou en ligne.

Ma conclusion

Les négociations de New York compteront les tonnes de carbone évitées et les milliards mobilisés. C’est indispensable. Mais une politique climatique réussie se mesure aussi à autre chose : notre capacité à redonner de l’espoir à celles et ceux qui ont peur de l’avenir.

À chacun de nous, je veux dire ceci : votre inquiétude n’est pas un défaut. Elle montre que vous tenez au monde. Transformons-la ensemble en action, en solidarité et en exigence envers nos responsables.

On ne protège pas la planète en laissant les gens seuls avec leur angoisse.


Sources : ONU Info (sommet sur le climat, 23.09.2026) ; npj Climate Action, étude Specchio (HUG), 16.04.2026 ; Réformés.ch (21.08.2026) ; Pro Juventute, Étude jeunesse 2026 ; Swissinfo ; Revue Médicale Suisse.

— Djamel Bourbala


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