
Adapter nos espaces publics au changement climatique peut aussi être l’occasion de construire des villes plus accessibles, plus inclusives et plus agréables à vivre pour toutes et tous.
Par Djamel Bourbala
Pendant longtemps, l’accessibilité et l’environnement ont été traités comme deux sujets différents. D’un côté, il fallait supprimer les obstacles pour permettre aux personnes handicapées de participer pleinement à la société. De l’autre, il fallait préparer nos villes aux conséquences du changement climatique.
Aujourd’hui, ces deux préoccupations se rejoignent.
Une ville capable de faire face aux fortes chaleurs doit aussi être une ville dans laquelle chacun peut se déplacer, se reposer, accéder aux transports et trouver un endroit frais sans rencontrer de nouveaux obstacles.
Une ville plus verte doit rester accessible
Planter des arbres, créer des zones ombragées, végétaliser les places et rendre certains sols perméables sont des réponses intéressantes à l’augmentation des températures.
Mais il faut penser ces transformations dans leur ensemble.
Un nouvel espace végétalisé n’est réellement utile que si une personne en fauteuil roulant peut y accéder. Une fontaine publique doit pouvoir être utilisée par une personne ayant une mobilité réduite. Un parc doit disposer de cheminements praticables. Les bancs et espaces de repos doivent être installés de manière à ne pas créer d’obstacles supplémentaires.
L’écologie ne doit pas produire de nouvelles barrières au nom de bonnes intentions.
La chaleur accentue les difficultés existantes
Lorsqu’il fait 35 °C, une pente trop importante, quelques centaines de mètres sans ombre ou un arrêt de bus mal aménagé ne représentent plus exactement les mêmes difficultés.
Pour certaines personnes, cela peut même rendre un déplacement impossible.
Les personnes âgées, les personnes handicapées, les jeunes enfants et les personnes atteintes de certaines maladies sont particulièrement sensibles aux fortes températures.
C’est pourquoi les plans canicule devraient systématiquement intégrer la question de l’accessibilité : informations compréhensibles et accessibles, lieux rafraîchis sans obstacles, transports adaptés et dispositifs permettant de repérer les personnes isolées.
La résilience climatique doit être pensée pour toute la population, et pas seulement pour la majorité.
Deux investissements qui peuvent n’en faire qu’un
Lorsque nous rénovons une rue, une place, une gare ou un bâtiment public, nous avons une occasion exceptionnelle.
Pourquoi réaliser aujourd’hui des travaux environnementaux pour devoir revenir quelques années plus tard afin de corriger l’accessibilité ?
Et pourquoi réaliser une mise en accessibilité sans profiter des travaux pour améliorer l’ombre, la végétation ou la gestion de l’eau ?
Cette manière de travailler coûte du temps et de l’argent.
Nous devons apprendre à concevoir les projets dès le départ en réunissant urbanistes, architectes, spécialistes de l’environnement, associations, personnes handicapées et habitants.
L’accessibilité universelle et l’adaptation climatique devraient devenir deux critères ordinaires de tout grand projet d’aménagement.
Construire avec les personnes concernées
Il existe une différence importante entre imaginer l’usage d’un espace et l’utiliser réellement.
Un plan peut sembler parfaitement accessible sur un écran et révéler, une fois construit, une pente difficile, une bordure gênante, un passage trop étroit ou un équipement impossible à atteindre.
L’expérience des habitants doit donc être considérée comme une véritable compétence.
Cela vaut pour le handicap, mais également pour les personnes âgées, les familles avec poussettes, les cyclistes et toutes celles et ceux qui utilisent quotidiennement l’espace public.
Consulter avant de construire coûte généralement beaucoup moins cher que corriger après.
Une question de justice sociale
Le changement climatique ne touche pas tout le monde de la même manière.
Les personnes disposant de ressources financières importantes peuvent plus facilement adapter leur logement, installer certains équipements ou partir quelques jours lorsque la chaleur devient insupportable.
D’autres n’ont tout simplement pas cette possibilité.
Une politique climatique juste doit donc protéger en priorité celles et ceux qui disposent de moins de solutions individuelles.
Cela signifie que l’adaptation climatique ne relève pas uniquement de l’environnement.
Elle concerne également la santé, le logement, la mobilité, l’aménagement du territoire et la solidarité.
Ma conclusion
Je défends depuis longtemps une idée simple : lorsque nous rendons une ville accessible aux personnes qui rencontrent le plus d’obstacles, nous améliorons souvent la ville pour tout le monde.
Je pense que nous devons appliquer exactement le même raisonnement au climat.
Une rue avec davantage d’ombre profite à la personne en fauteuil roulant comme au parent avec une poussette, à l’enfant qui rentre de l’école, au travailleur qui attend son bus ou à la personne âgée qui va faire ses courses.
Nous n’avons donc pas à choisir entre la ville écologique et la ville inclusive.
Nous devons construire les deux en même temps.
Car la ville de demain ne sera réellement moderne ni parce qu’elle aura davantage de technologies, ni parce qu’elle aura simplement planté quelques arbres.
Elle le sera lorsqu’elle permettra à chacun, quelles que soient ses capacités, son âge ou sa situation, d’y vivre dignement, de s’y déplacer et d’y trouver sa place.

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