Vivre ensemble : une société plus humaine est possible

Face aux divisions, aux inégalités et aux bouleversements de notre époque, l’inclusion n’est pas une utopie : c’est un choix de société qui nous concerne tous.

Un homme en fauteuil roulant avec un chien d'assistance, regardant un paysage urbain avec des personnes et des montagnes en arrière-plan, mettant en avant le message d'inclusion et de solidarité.

Par Djamel Bourbala

Nous vivons dans des sociétés qui n’ont probablement jamais disposé d’autant de moyens pour rapprocher les êtres humains.

Nous voyageons plus facilement.

Nous communiquons instantanément.

Nous échangeons avec des personnes situées à des milliers de kilomètres.

Nous avons accès à une quantité extraordinaire de connaissances.

Et pourtant, quelque chose semble parfois se fragiliser :

notre capacité à vivre réellement ensemble.

Les tensions augmentent.

Les différences deviennent parfois des frontières.

La pauvreté côtoie la richesse.

Certaines personnes âgées vivent dans l’isolement.

Des jeunes cherchent leur place.

Des familles affrontent le coût de la vie.

Des personnes handicapées rencontrent encore des obstacles pour se déplacer, travailler ou participer pleinement à la société.

Des personnes venues d’ailleurs tentent de reconstruire leur existence.

Chacune de ces réalités est différente.

Mais elles nous conduisent vers une même question :

quelle société voulons-nous construire ?

Le vivre-ensemble est souvent présenté comme une belle idée.

Un principe.

Un slogan que l’on inscrit dans un discours ou sur une affiche.

Mais vivre ensemble est beaucoup plus exigeant.

Cela signifie accepter que l’espace public ne nous appartienne pas exclusivement.

Cela signifie comprendre que notre liberté existe aux côtés de celle des autres.

Cela signifie également concevoir une société dans laquelle chacun puisse trouver sa place sans devoir constamment justifier son existence.

L’inclusion commence précisément là.

Elle ne concerne pas uniquement le handicap.

Elle concerne notre manière de considérer toutes les personnes qui risquent d’être laissées au bord du chemin.

Une ville inclusive doit permettre à une personne en fauteuil roulant de circuler.

Mais elle doit également permettre à une personne âgée de trouver un banc pour se reposer.

À un enfant de jouer en sécurité.

À une personne malvoyante de s’orienter.

À une famille de trouver un logement qu’elle peut payer.

À quelqu’un qui ne maîtrise pas parfaitement la langue de comprendre une information administrative essentielle.

À chacun de pouvoir participer à la vie collective.

L’accessibilité devient alors beaucoup plus qu’une question technique.

Elle devient une manière de penser la société.

Et ce changement de regard pourrait profiter à tout le monde.

Un trottoir accessible facilite aussi le déplacement d’un parent avec une poussette.

Un ascenseur aide également une personne âgée ou quelqu’un transportant des bagages.

Une information simple et claire profite aussi à celui qui maîtrise moins bien la langue.

Un transport public efficace permet à davantage de personnes de conserver leur autonomie.

Nous faisons parfois l’erreur de penser qu’une politique inclusive profite uniquement à une minorité.

En réalité, une société bien conçue pour les personnes les plus vulnérables devient souvent une meilleure société pour tous.

Mais le vivre-ensemble demande également quelque chose qui ne peut être imposé par aucune loi :

le respect.

Nous pouvons construire des rampes.

Modifier des bâtiments.

Changer des règlements.

Créer des aides.

Mais aucune administration ne pourra décréter la manière dont nous regardons celui qui est différent de nous.

C’est là que commence notre responsabilité individuelle.

Dans une société où les opinions se confrontent de plus en plus rapidement, nous devons retrouver la capacité de ne pas transformer chaque désaccord en affrontement.

On peut ne pas penser pareil.

Ne pas avoir la même histoire.

Ne pas avoir les mêmes capacités.

Ne pas appartenir à la même génération.

Ne pas avoir la même situation économique.

Et pourtant partager la même rue, le même quartier, la même ville et le même pays.

Une démocratie ne demande pas que nous soyons identiques.

Elle nous demande d’apprendre à vivre avec nos différences.

C’est peut-être l’un des grands défis de notre époque.

Car lorsque les difficultés économiques augmentent, lorsque les inquiétudes s’accumulent ou lorsque l’avenir paraît incertain, la tentation est grande de chercher quelqu’un à qui attribuer la responsabilité de nos problèmes.

L’étranger.

Le pauvre.

Le riche.

Le jeune.

L’ancien.

La personne qui reçoit une aide.

Celui qui pense différemment.

L’histoire nous a pourtant appris où peuvent conduire ces divisions lorsqu’elles deviennent permanentes.

Une société solide ne se construit pas en désignant continuellement ceux qui devraient être exclus.

Elle se construit en cherchant ce que nous pouvons encore accomplir ensemble.

Cela ne signifie pas nier les problèmes.

Au contraire.

Nous devons pouvoir parler de sécurité, d’immigration, de pauvreté, de handicap, de logement, de vieillissement, d’éducation ou de finances publiques sans transformer chaque discussion en bataille idéologique.

Nous devons pouvoir chercher des solutions.

Car derrière les grandes politiques publiques se trouvent toujours des vies ordinaires.

Un logement accessible peut permettre à quelqu’un de rester autonome.

Une formation peut changer l’avenir d’un jeune.

Une place de travail adaptée peut redonner une indépendance économique.

Un transport accessible peut permettre de conserver une vie sociale.

Un simple banc peut permettre à une personne âgée de continuer à sortir de chez elle.

Les grandes valeurs deviennent crédibles lorsqu’elles améliorent les petites choses de la vie quotidienne.

Ma conclusion

Je crois profondément que le vivre-ensemble ne se décrète pas.

Il se construit.

Chaque jour.

Dans nos villes.

Dans nos entreprises.

Dans nos écoles.

Dans nos institutions.

Dans nos associations.

Et surtout dans notre manière de regarder les autres.

Je ne souhaite pas une société où tout le monde pense de la même manière.

Je souhaite une société suffisamment forte pour permettre à des personnes différentes de construire quelque chose ensemble.

L’inclusion ne retire rien à celui qui possède déjà sa place.

Elle permet simplement à celui qui en était privé de prendre la sienne.

Et lorsque nous rendons une ville, une entreprise ou une institution plus accessible, nous ne faisons pas uniquement un geste envers quelques personnes.

Nous décidons du type de société dans laquelle nous voulons tous vieillir, vivre et transmettre quelque chose à ceux qui viendront après nous.

Voilà pourquoi le vivre-ensemble n’est pas une faiblesse.

C’est peut-être l’une des plus grandes forces qu’une société puisse encore choisir de construire.


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