Afrique donner à sa jeunesse les moyens de construire son avenir

Avec une population jeune, des ressources considérables et un immense potentiel humain, l’Afrique possède les forces nécessaires pour bâtir son avenir. Le défi est désormais de transformer ces richesses en éducation, emplois et perspectives pour sa jeunesse.

Par Djamel Bourbala

Article sur l'espoir et les défis de la jeunesse en Afrique, mettant en avant les ressources et le potentiel humain du continent.

Que se passe-t-il lorsqu’une jeunesse pleine d’ambition finit par croire que son avenir commence forcément ailleurs ?

Chaque année, des jeunes Africains quittent leur pays pour étudier, travailler ou chercher de meilleures perspectives. Certains empruntent même des routes extrêmement dangereuses, traversent des déserts ou prennent la mer au péril de leur vie. Derrière ces départs, il n’y a pas seulement une question de migration : il y a souvent un manque de perspectives.

Le paradoxe est immense. L’Afrique possède l’une des populations les plus jeunes du monde, des ressources considérables et une formidable capacité de création et d’innovation. Pourtant, trop de jeunes se heurtent encore au chômage, au manque de formations, aux difficultés d’accès au financement ou, dans certaines régions, à la pauvreté et à l’instabilité.

Le véritable défi n’est donc pas simplement de retenir la jeunesse africaine. Il est de lui donner suffisamment de raisons, de moyens et de possibilités pour pouvoir choisir de construire son avenir sur son propre continent.

Le lieu de naissance détermine encore trop souvent l’avenir

Lors d’une table ronde organisée à Genève pour le 40e anniversaire de la Déclaration des Nations Unies sur le droit au développement, l’ampleur des inégalités mondiales dans l’éducation a été rappelée. Les dépenses annuelles par enfant se situeraient autour de 200 euros en Afrique subsaharienne, contre 7 400 euros en Europe et 9 000 euros en Amérique du Nord et en Océanie.

Ces chiffres ne disent pas tout, mais ils montrent l’immensité du fossé. Comment demander à deux enfants de participer demain à la même économie mondiale lorsque l’un dispose d’écoles équipées, d’Internet, de laboratoires, d’enseignants suffisamment nombreux et de nombreuses possibilités de formation, tandis que l’autre doit parfois se battre simplement pour accéder à une éducation de qualité ? Le talent existe partout. Les possibilités, elles, restent profondément inégales.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que l’Afrique dispose de richesses considérables : minerais stratégiques, terres agricoles, énergie solaire, pétrole et gaz dans plusieurs régions, potentiel hydroélectrique et biodiversité exceptionnelle. À cela s’ajoute sa plus grande richesse : sa population. Pourtant, une partie importante de la valeur créée à partir des ressources africaines continue d’être produite ailleurs.

Exporter une matière première ne rapporte pas la même chose que la transformer, fabriquer un produit fini et développer autour d’elle des industries, des emplois et des compétences. L’avenir économique de l’Afrique passe donc aussi par sa capacité à transformer davantage ce qu’elle produit. Cela suppose des infrastructures, de l’énergie, des formations professionnelles, des universités, des industries, des investissements et un soutien beaucoup plus important aux entrepreneurs locaux.

Partir doit être un choix, pas une obligation

Voyager, étudier ou travailler dans un autre pays n’est évidemment pas un problème. La mobilité fait partie de l’histoire de l’humanité. La diaspora africaine constitue d’ailleurs une richesse considérable : elle transmet des compétences, investit, crée des entreprises, soutient des familles et construit des liens entre les continents.

Le problème apparaît lorsque partir n’est plus véritablement un choix, mais devient la seule perspective que certains jeunes imaginent pour améliorer leur existence. Lorsque rester signifie renoncer à ses ambitions, lorsque des diplômés ne trouvent aucun débouché ou lorsque des jeunes sont prêts à risquer leur vie sur des routes migratoires extrêmement dangereuses, nous devons nous demander ce qui a échoué avant même leur départ.

Le débat européen sur les migrations commence trop souvent à la frontière : combien de personnes arrivent, comment contrôler les entrées, comment organiser l’asile ou les retours ? Ces questions existent et les États ont le droit d’organiser leurs politiques migratoires. Mais une frontière ne crée pas un emploi dans le pays d’origine. Elle ne construit pas une école, ne finance pas une entreprise et ne donne pas accès à l’électricité ou à Internet.

Si nous voulons comprendre les migrations, il faut donc regarder beaucoup plus loin que les côtes méditerranéennes. Le développement, l’éducation, l’emploi et la stabilité doivent faire partie de la réflexion. La coopération entre l’Afrique, l’Europe et le reste du monde ne devrait pas seulement chercher à gérer les conséquences des difficultés économiques : elle devrait contribuer à créer les conditions permettant aux populations de construire leur avenir là où elles vivent.

L’Afrique doit aussi construire ses propres réponses

Il serait cependant trop facile d’attribuer toutes les responsabilités à l’Europe, aux anciennes puissances coloniales ou au fonctionnement de l’économie mondiale. Les gouvernements africains portent eux aussi une responsabilité majeure. La bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, l’État de droit, l’éducation, la santé, les infrastructures et la transparence dans la gestion des ressources naturelles sont indispensables.

Les richesses d’un pays doivent contribuer à améliorer la vie de sa population. Les jeunes doivent pouvoir croire que le travail, la compétence, les études et l’initiative peuvent réellement leur ouvrir des portes. Un continent ne peut pas construire durablement son avenir si une partie de sa jeunesse pense que réussir signifie nécessairement partir.

Mais raconter l’Afrique uniquement à travers la pauvreté, les conflits ou les migrations serait tout aussi faux. Une autre Afrique existe déjà. Elle entreprend, innove, crée et se transforme. Des jeunes développent des entreprises technologiques, des agriculteurs modernisent leurs productions, des chercheurs travaillent dans les universités africaines, des femmes créent leurs entreprises et des artistes africains touchent désormais un public mondial. Des projets énergétiques et de nouvelles infrastructures voient également le jour.

Cette Afrique mérite d’être davantage racontée. Car le continent n’a pas besoin que le reste du monde lui explique éternellement ses faiblesses. Il a aussi besoin que l’on reconnaisse ses capacités et que sa jeunesse dispose des moyens de les transformer en avenir.

Ma conclusion

Je refuse de croire que l’avenir de la jeunesse africaine doive obligatoirement se construire loin de l’Afrique. Je refuse également l’idée qu’il faudrait empêcher les jeunes de partir. La véritable liberté consiste précisément à pouvoir choisir : partir pour étudier, travailler ou découvrir le monde, revenir ensuite si on le souhaite, ou rester parce que son propre pays offre suffisamment de perspectives pour y construire sa vie.

Le véritable développement commencera lorsque rester en Afrique sera un choix aussi crédible que partir.

Pour y parvenir, il faudra investir dans l’éducation, les infrastructures, l’emploi, l’industrie et les institutions. Il faudra une coopération internationale plus équitable, mais également des responsabilités assumées sur le continent. Et surtout, il faudra faire confiance à cette jeunesse.

L’Afrique ne manque ni de ressources, ni d’intelligence, ni de femmes et d’hommes capables de transformer leur continent. Ce qui manque encore trop souvent, ce sont les conditions permettant à toutes ces capacités de s’exprimer.

Lorsque nous voyons un jeune risquer sa vie sur une route migratoire, peut-être devrions-nous donc cesser de nous demander uniquement : « Pourquoi vient-il chez nous ? »

Nous devrions également nous demander : « Qu’est-ce qui lui a fait croire qu’il ne pouvait plus construire son avenir chez lui ? »

C’est peut-être par cette question que commence une véritable politique du développement.


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