Vingt-cinq ans après les attentats qui ont frappé les États-Unis, le souvenir des victimes demeure.
Mais le 11 septembre nous oblige aussi à regarder ce qui a suivi : guerres, lutte contre le terrorisme, nouvelles politiques de sécurité, bouleversements géopolitiques et sociétés durablement transformées.

Par Djamel Bourbala
Il existe des journées dont chacun se souvient longtemps après avoir oublié tant d’autres.
Le 11 septembre 2001 appartient à celles-là.
Ce matin-là, quatre avions de ligne sont détournés par des membres d’Al-Qaïda.
Deux percutent les tours du World Trade Center à New York. Un troisième frappe le Pentagone. Le quatrième, le vol 93, s’écrase en Pennsylvanie après la révolte de passagers et de membres d’équipage.
Près de 3 000 personnes sont tuées.
Derrière ce chiffre, il y avait des femmes et des hommes partis travailler.
Des voyageurs.
Des pompiers.
Des policiers.
Des secouristes.
Des familles qui, quelques heures auparavant, imaginaient encore une journée ordinaire.
C’est d’abord à eux que nous devons penser lorsque revient cette date.
Car avant d’être un événement géopolitique, le 11 septembre fut une immense tragédie humaine.
Mais vingt-cinq ans après, nous pouvons également mesurer à quel point cette journée a transformé le monde.
Un monde qui bascule
Les attentats ont immédiatement bouleversé la perception de la sécurité internationale.
Les États-Unis et leurs alliés lancent une vaste « guerre contre le terrorisme ».
Quelques semaines plus tard commence l’intervention militaire en Afghanistan.
En 2003, les États-Unis et leurs alliés interviennent en Irak, dans un contexte différent mais profondément marqué par l’atmosphère internationale née après le 11 septembre.
Les conséquences de cette période se feront sentir pendant des décennies.
Guerres.
Déplacements de populations.
Instabilité régionale.
Terrorisme.
Radicalisation.
Crises politiques.
Des populations entières, très éloignées de New York ou de Washington, ont vu leur propre existence bouleversée par les événements qui ont suivi.
C’est l’une des réalités que l’histoire doit conserver : un attentat commis en quelques heures peut produire des conséquences pendant plusieurs générations.
La sécurité est entrée dans notre quotidien
Le 11 septembre a également transformé quelque chose de beaucoup plus proche de nous : notre manière de voyager et notre rapport à la sécurité.
Les contrôles dans les aéroports ont été renforcés.
Les politiques de surveillance ont évolué.
Les services de renseignement ont intensifié leur coopération.
De nouvelles législations antiterroristes ont été adoptées dans de nombreux pays.
Des mesures qui paraissaient exceptionnelles sont progressivement devenues ordinaires.
Une génération entière a grandi en considérant comme normales des procédures de sécurité qui auraient semblé extraordinaires avant 2001.
Mais cette évolution a également ouvert un débat qui reste profondément actuel :
jusqu’où une démocratie peut-elle aller pour protéger sa population sans fragiliser les libertés qu’elle cherche précisément à défendre ?
La sécurité est indispensable.
Mais la liberté, la vie privée, l’État de droit et les droits fondamentaux le sont également.
Trouver cet équilibre demeure l’une des grandes questions héritées du 11 septembre.
Refuser que la peur désigne des populations entières
Il existe également une leçon humaine que nous ne devons pas oublier.
Après les attentats, des musulmans, des Arabes ou simplement des personnes perçues comme telles ont subi suspicion, hostilité ou discrimination dans différents pays.
Pourtant, un terroriste ne représente jamais une religion entière, un peuple entier ou des centaines de millions d’êtres humains.
Le terrorisme cherche précisément à créer la peur, la division et la haine.
Répondre au fanatisme en soupçonnant collectivement des populations innocentes revient à lui offrir une partie de ce qu’il recherche.
Combattre le terrorisme exige donc de la fermeté.
Mais cela exige également de la lucidité.
Nous devons être capables de condamner sans ambiguïté ceux qui assassinent des innocents tout en refusant de transformer cette condamnation en hostilité envers des populations qui n’en portent aucune responsabilité.
Vingt-cinq ans après, le monde est-il plus sûr ?
La question mérite d’être posée.
Oussama ben Laden a été tué en 2011.
Al-Qaïda a été considérablement affaiblie par rapport à sa puissance d’autrefois.
Mais le terrorisme n’a pas disparu.
D’autres organisations sont apparues.
Daech a montré quelques années plus tard que l’extrémisme pouvait changer de forme, exploiter les conflits régionaux et utiliser Internet pour diffuser sa propagande au-delà des frontières.
La menace s’est transformée.
Et notre monde aussi.
Aujourd’hui, les préoccupations internationales dépassent largement le terrorisme : guerres entre États, cyberattaques, désinformation, tensions entre grandes puissances, crises climatiques, migrations, intelligence artificielle et nouvelles formes de confrontation.
Le monde de 2026 n’est plus celui de 2001.
Mais certaines questions restent étonnamment familières.
Comment protéger les populations ?
Comment prévenir la radicalisation ?
Comment défendre la démocratie sans l’affaiblir ?
Comment empêcher que la peur ne devienne une politique permanente ?
Et surtout :
comment éviter que les erreurs d’une époque deviennent les conflits de la suivante ?
Se souvenir pour comprendre
Commémorer le 11 septembre ne devrait donc pas signifier uniquement revoir les images des tours qui s’effondrent.
Nous devons également nous souvenir des personnes qui ont essayé d’en sauver d’autres.
Des pompiers qui sont montés dans les tours pendant que des milliers de personnes cherchaient à en sortir.
Des policiers.
Des personnels médicaux.
Des citoyens anonymes.
Des passagers du vol 93 qui ont compris ce qui se passait et ont décidé d’agir.
Dans les moments les plus sombres, l’être humain est également capable d’un courage extraordinaire.
C’est peut-être cette image-là que nous devons transmettre aux générations qui n’étaient pas encore nées en 2001.
Ma conclusion
Vingt-cinq ans ont passé.
Pour certains, le 11 septembre appartient déjà aux livres d’histoire.
Pour d’autres, les images restent intactes.
Je pense qu’une commémoration n’a de sens que si elle nous aide à réfléchir au présent.
Nous devons honorer la mémoire des victimes.
Nous devons condamner sans ambiguïté le terrorisme et toutes les idéologies qui justifient le meurtre d’innocents.
Mais nous devons également avoir le courage d’examiner ce qui s’est passé ensuite, les décisions prises, leurs conséquences et les leçons que nous pouvons en tirer.
Parce que la mémoire ne doit pas seulement entretenir le passé.
Elle doit nous empêcher de reproduire ses erreurs.
Le 11 septembre nous rappelle jusqu’où peuvent conduire la haine et le fanatisme.
Mais le courage des personnes qui, ce jour-là, ont couru vers le danger pour sauver des inconnus nous rappelle également autre chose :
même au cœur d’une tragédie inimaginable, l’humanité peut encore répondre à la destruction par la solidarité.
Vingt-cinq ans après, c’est peut-être cette leçon que nous devons choisir de conserver.

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