Canicules : protéger les plus vulnérables ne peut plus attendre


Les vagues de chaleur qui frappent actuellement une partie de l’Europe ne sont plus de simples épisodes météorologiques désagréables. Elles deviennent un véritable problème de santé publique. En France, une nouvelle vague de chaleur touche le pays depuis la fin juillet et, début août, plus de la moitié des passages aux urgences liés à la chaleur concernaient des personnes âgées de 75 ans ou plus. (Santé publique France)
Mais derrière les températures annoncées chaque jour se trouvent des personnes dont nous parlons encore trop peu : les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les personnes isolées, les jeunes enfants, les travailleurs exposés et celles qui vivent dans des logements mal adaptés.
Pour une personne autonome et en bonne santé, boire régulièrement, fermer ses volets ou se déplacer vers un endroit plus frais peut sembler relativement simple. Pour quelqu’un qui dépend d’une aide pour se lever, se déplacer, boire ou sortir de son domicile, la réalité est complètement différente. La chaleur peut également aggraver certaines maladies et augmenter les risques de déshydratation ou de malaise. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que les personnes âgées, les enfants et plusieurs autres populations vulnérables sont particulièrement exposés. (Organisation mondiale de la santé)
C’est pourquoi je pense que nous devons arrêter de présenter la canicule uniquement comme une responsabilité individuelle.
Dire aux personnes fragiles de boire de l’eau et de rester au frais est nécessaire. Mais encore faut-il pouvoir le faire.
Que fait une personne en fauteuil roulant lorsqu’elle vit dans un appartement qui dépasse largement les températures supportables et qu’elle ne peut pas facilement rejoindre seule un lieu climatisé ? Que fait une personne âgée isolée au dernier étage d’un immeuble mal protégé contre la chaleur ? Que fait quelqu’un qui dépend d’un service d’aide à domicile lorsque les professionnels eux-mêmes travaillent dans des conditions difficiles ?
Voilà les questions concrètes que le changement climatique nous oblige désormais à poser.
Les chiffres montrent que nous ne pouvons plus nous contenter de recommandations générales. L’OMS Europe estime que plus de 200 000 décès liés à la chaleur ont été enregistrés en Europe au cours des quatre dernières années et considère qu’une grande partie aurait pu être évitée. Elle appelle notamment au développement de véritables plans chaleur-santé, de systèmes d’alerte, de lieux rafraîchis et de dispositifs permettant d’aller directement vers les personnes vulnérables. (Organisation mondiale de la santé)
Il faut donc passer des paroles aux réalisations.
Dans chaque commune, il devrait être possible d’identifier les personnes qui souhaitent être accompagnées pendant les fortes chaleurs, sans les surveiller ni porter atteinte à leur vie privée. Les établissements accueillant des personnes âgées ou handicapées doivent disposer de solutions efficaces de rafraîchissement. Les logements sociaux et les bâtiments publics doivent progressivement être adaptés. Les transports doivent rester utilisables. Les espaces ombragés, les arbres, les fontaines accessibles et les lieux frais doivent faire partie de l’aménagement des villes.
Et surtout, l’accessibilité doit être intégrée aux plans climatiques dès leur conception.
Créer un espace rafraîchi au bout d’un escalier ne protège pas une personne en fauteuil roulant. Envoyer une alerte uniquement sur une application complexe n’aide pas nécessairement une personne âgée qui n’utilise pas de smartphone. Installer une fontaine inaccessible ne répond pas aux besoins de tout le monde.
L’adaptation climatique doit être pensée avec les personnes concernées.
Il faut également sortir des affrontements politiques stériles. L’écologie ne devrait appartenir ni à un parti, ni à une idéologie, ni à un camp. On peut discuter des moyens, des coûts, des priorités et des solutions. C’est normal dans une démocratie.
Mais lorsque des personnes meurent parce que nos logements, nos villes ou nos services ne sont pas adaptés aux températures que nous connaissons désormais, nous ne sommes plus uniquement dans le débat écologique : nous sommes face à une responsabilité collective.
Les incendies qui touchent actuellement plusieurs pays européens montrent d’ailleurs que cette chaleur a des conséquences bien au-delà de l’inconfort quotidien : évacuations, agriculture fragilisée, infrastructures sous pression et populations déplacées. (Reuters)
Nous devons donc agir sur deux fronts : réduire ce qui aggrave le changement climatique et adapter dès maintenant nos sociétés aux conséquences déjà présentes.
Planter un arbre aujourd’hui est utile.
Rénover un logement mal isolé est utile.
Créer un plan communal pour les personnes vulnérables est utile.
Former les professionnels est utile.
Prévoir des transports et des lieux frais accessibles est utile.
Téléphoner à une personne âgée isolée pendant une canicule est utile.
Il n’existe probablement pas une solution spectaculaire qui réglera tout. Il existe en revanche des centaines de décisions concrètes qui peuvent sauver des vies.
Ma conclusion
Pour ma part, je ne veux pas que la question climatique reste enfermée dans des discours politiques où chacun accuse l’autre sans que la vie quotidienne des personnes change réellement.
Je souhaite que nous soyons beaucoup plus exigeants sur les réalisations.
Quand une nouvelle vague de chaleur arrive, je veux savoir ce qui est prévu pour la personne âgée vivant seule, pour la personne en situation de handicap qui ne peut pas sortir facilement de son appartement, pour l’enfant fragile, pour celui qui travaille dehors et pour toutes les personnes qui n’ont pas les moyens de transformer leur logement en refuge climatisé.
Je ne demande pas aux citoyens d’appartenir à un camp politique. Je leur demande de comprendre que cette question les concerne. Aujourd’hui, nous parlons des personnes âgées et handicapées. Demain, avec l’âge, la maladie ou simplement les circonstances de la vie, chacun de nous peut devenir vulnérable face à une chaleur extrême.
Le changement climatique ne regarde ni notre parti, ni notre origine, ni notre situation sociale avant de frapper.
Alors informons-nous, préparons-nous, aidons nos voisins lorsque c’est nécessaire et demandons à nos responsables des mesures concrètes et vérifiables.
La véritable politique climatique ne devrait pas se mesurer au nombre de discours prononcés. Elle devrait se mesurer au nombre de vies que nous sommes capables de protéger.


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