Avons-nous encore le droit de prendre notre temps ?


Tout semble devoir aller plus vite. Les messages appellent une réponse immédiate, les livraisons arrivent toujours plus rapidement, l’information circule en quelques secondes et les nouvelles technologies promettent de nous faire gagner encore davantage de temps. Nous avons créé une société extraordinairement efficace, mais une question mérite d’être posée : que faisons-nous réellement de tout ce temps gagné ?
La rapidité a évidemment amélioré notre quotidien. Certaines démarches qui exigeaient autrefois plusieurs heures peuvent désormais être réalisées depuis un téléphone. Nous pouvons communiquer instantanément, travailler à distance, accéder à des connaissances presque immédiatement et accomplir certaines tâches beaucoup plus facilement.
Mais cette efficacité a créé un paradoxe. Plus les outils nous permettent de gagner du temps, plus nous avons parfois l’impression d’en manquer.
Nous remplissons les minutes libérées par de nouvelles obligations. Un message entraîne un autre message. Une tâche terminée est immédiatement remplacée par la suivante. Même nos moments de repos deviennent parfois organisés, mesurés et optimisés.
Cette accélération influence également notre manière de travailler. Nous valorisons souvent celui qui répond immédiatement, produit rapidement et reste constamment disponible. Pourtant, toutes les activités humaines ne peuvent pas être accélérées sans perdre quelque chose.
Créer demande parfois du temps. Apprendre demande du temps. Réparer un objet correctement demande du temps. Construire une relation de confiance demande du temps. Comprendre une situation complexe demande du temps.
Le travail artisanal nous le rappelle particulièrement bien. Derrière un objet réalisé avec soin se trouvent des gestes, des essais, des corrections et une attention que la production rapide ne peut pas toujours reproduire. Ce temps n’est pas perdu : il fait partie de la qualité du résultat.
La même logique vaut pour les relations humaines. Nous pouvons envoyer cinquante messages dans une journée sans avoir eu une seule véritable conversation. Nous pouvons connaître instantanément les nouvelles de centaines de personnes tout en ignorant ce que traverse quelqu’un qui nous est proche.
Prendre son temps ne signifie donc pas refuser le progrès ou vivre dans le passé. Il s’agit plutôt de choisir ce qui mérite d’être rapide et ce qui mérite de rester lent.
La technologie devrait nous libérer du temps pour les choses importantes, et non transformer chaque minute libérée en nouvelle obligation.
Cette question deviendra encore plus importante avec l’intelligence artificielle et l’automatisation. Si les machines nous permettent demain d’effectuer certaines tâches en quelques secondes au lieu de plusieurs heures, le véritable progrès ne sera pas seulement économique.
Il faudra aussi décider ce que nous voulons faire du temps ainsi récupéré.
Travailler encore davantage ?
Créer ?
Apprendre ?
S’occuper de ses proches ?
Participer à la vie collective ?
Ou simplement avoir parfois le droit de ne rien produire ?
Une société ne devrait peut-être pas mesurer son progrès uniquement à la vitesse avec laquelle elle accomplit les choses. Elle devrait aussi regarder la qualité de la vie que cette efficacité permet de construire.
Ma conclusion
Pour ma part, je pense que nous devons apprendre à distinguer la vitesse du progrès. Faire quelque chose plus rapidement ne signifie pas toujours le faire mieux.
Je crois aux nouvelles technologies et aux possibilités qu’elles nous offrent. Mais elles devraient rester des outils au service de l’être humain. Si elles nous font gagner du temps uniquement pour nous permettre de courir encore davantage, nous aurons peut-être raté une partie de leur promesse.
Il faut parfois accepter qu’une belle chose demande du temps, qu’une relation se construise lentement et qu’une réflexion ne puisse pas être résumée en quelques secondes.
Le temps n’est pas seulement quelque chose que nous devons gagner. C’est aussi quelque chose que nous devons apprendre à vivre.


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