COP31 à Antalya : le monde climatique arrive désuni, le thermomètre n’attend pas

Rangées de panneaux solaires installées sur une colline rurale
Rangées de panneaux solaires installées sur une colline rurale
Image d’illustration — Photo : Ghostinmirror / Unsplash

Lundi 9 novembre, la 31e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques s’ouvre à Antalya, en Turquie, pour deux semaines de négociations. Elle arrive sur fond de discorde diplomatique entre l’Australie et la Turquie sur qui devait l’accueillir, et un rapport de l’ONU qui juge les engagements actuels des États « clairement insuffisants » pour tenir l’objectif de 1,5 °C.

Un compromis arraché à la dernière minute

Pendant plus d’un an, l’Australie et la Turquie se sont disputé le droit d’organiser cette COP31, chacune affirmant avoir le soutien nécessaire des pays du groupe Europe de l’Est. L’impasse menaçait de renvoyer la conférence à Bonn, siège administratif de la Convention climat de l’ONU, sans présidence politique digne de ce nom pendant un an. Un compromis a finalement été trouvé fin novembre 2025 : la Turquie accueille la conférence et en assure la présidence formelle à Antalya, tandis que l’Australie pilote les négociations de fond, prépare les projets de texte et rédige la décision finale du sommet, sous la houlette de son ministre du Climat, Chris Bowen. Une réunion préparatoire s’est en outre tenue dans le Pacifique pour donner un peu de voix à cette région.

Ce compromis n’a pourtant satisfait personne dans le Pacifique. Le président de Palaos, Surangel Whipps Jr, s’est dit « profondément déçu » : une COP organisée en Australie, en lien direct avec les îles du Pacifique, devait selon lui mettre en lumière ce qu’il a appelé le « lien critique entre climat et océans » — la menace existentielle que la montée des eaux fait peser sur ces États insulaires, leur sécurité alimentaire et leurs économies. Pour l’ONG Greenpeace, ne pas accueillir la conférence sur son sol affaiblira la capacité du Pacifique à influencer les débats et les textes qui s’y négocient. D’autres voix, comme le réseau pacifique d’ONG climatiques PICAN, rappellent toutefois que le lieu ne change rien à l’obligation, pour l’ensemble des États, de respecter l’Accord de Paris.

Ce qui sera sur la table à Antalya

Selon le site officiel de la Convention climat de l’ONU, la conférence se tiendra à l’Antalya Expo Center du 9 au 20 novembre, avec un sommet des dirigeants mondiaux les 11 et 12 novembre. Elle se présente comme la « COP de la mise en œuvre » : il ne s’agit plus seulement de fixer des objectifs, mais de concrétiser les engagements déjà pris. À l’agenda : limiter le réchauffement à 1,5 °C, renforcer l’adaptation face aux sécheresses et inondations, réduire les émissions et sortir progressivement des combustibles fossiles, financer la transition dans les pays en développement, assurer une « transition juste » pour les travailleurs des secteurs concernés, et avancer sur des solutions concrètes liées à la santé, l’alimentation, l’électrification, la gestion des déchets et la résilience des villes.

Des engagements qui restent loin du compte

Le contexte scientifique rend ces deux semaines d’autant plus décisives. Un rapport de l’ONU publié le 27 octobre 2026, fondé sur les engagements nationaux (NDC) de 154 pays représentant environ 70 % des émissions mondiales, conclut que ces plans mèneraient, en moyenne, à une baisse d’environ 6 % des émissions d’ici 2035 par rapport à 2019 — et de 9 % si l’on inclut leurs objectifs conditionnels, pas encore garantis. Or le GIEC estimait en 2023 qu’une trajectoire compatible avec 1,5 °C exigeait une réduction de 43 % dès 2030 et de 60 % en 2035. L’écart est donc considérable, et le responsable climat de l’ONU, Simon Stiell, a qualifié les progrès collectifs de « clairement insuffisants ». Plus préoccupant encore : ce chiffre de 6 % est inférieur à l’estimation de 10 % calculée l’an dernier, qui ne tenait pas encore compte du retrait annoncé des États-Unis de l’Accord de Paris.

Pourquoi cela nous concerne, en Suisse comme ailleurs

On pourrait se dire que ces chiffres et ces tractations diplomatiques restent lointains. C’est une erreur. Les décisions prises — ou non prises — à Antalya façonneront le rythme de la sortie des énergies fossiles, les montants du financement climatique pour les pays les plus vulnérables, et la pression qui s’exercera, ou non, sur chaque gouvernement pour revoir ses propres objectifs à la hausse. La Suisse elle-même prépare actuellement la révision de sa loi sur le CO2 pour l’après-2030 et sa réponse à la Cour européenne des droits de l’homme sur le suivi de sa politique climatique ; ce qui se négocie à l’échelle internationale n’est jamais complètement déconnecté de ce qui se décide chez nous.

La querelle Australie-Turquie illustre aussi une fragilité plus large : quand la diplomatie climatique se perd dans des rivalités de prestige, c’est le temps de la négociation de fond qui se réduit. Et le temps, précisément, est la ressource qui manque le plus pour respecter l’objectif de 1,5 °C. Reste à voir, dans deux semaines, si les textes qui sortiront d’Antalya referont ou non le chemin perdu depuis le dernier rapport de l’ONU.

Sources : CCNUCC, « À propos de la COP31 » ; RNZ Pacific, « Pacific climate leaders deeply disappointed as Australia loses bid to host COP31 », 21.11.2025 ; UN Global Compact Network Australia, « Australia and Türkiye strike historic deal on COP31 leadership » ; AFP / Connaissance des Énergies, « Climat : vers une baisse de 6 % des émissions mondiales d’ici 2035, « très insuffisant » selon l’ONU », 27.10.2026.

— Djamel Bourbala


En savoir plus sur Djamel Bourbala – Inclusion & égalité des droits

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Translate »