Rampe d’accès au lac à Port-Choiseul, dispositif de mise à l’eau à la piscine, stationnement adapté et bientôt un ascenseur au passage sous-voie de la gare : à Versoix, plusieurs avancées montrent que l’accessibilité progresse lorsque les besoins du terrain sont entendus et transformés en réalisations concrètes.

Par Djamel Bourbala
L’accessibilité ne se mesure pas uniquement dans les lois, les discours ou les déclarations d’intention. Elle se mesure dans la vie quotidienne : pouvoir se rendre au bord du lac, entrer dans l’eau, stationner à proximité d’un lieu public ou traverser une gare sans devoir chercher un détour impossible.
À Versoix, plusieurs réalisations auxquelles j’ai eu la satisfaction de contribuer montrent que les choses peuvent avancer lorsque les personnes concernées, les associations, les services communaux et les responsables politiques travaillent ensemble. Je ne souhaite pas présenter ces réalisations comme les succès d’une seule personne. L’accessibilité est toujours le résultat d’un travail collectif. Mais je crois également qu’il est important de raconter comment des besoins exprimés pendant des années peuvent progressivement devenir des équipements utiles à toute une population.
Port-Choiseul : pouvoir enfin accéder au lac
La rampe d’accès au lac de Port-Choiseul constitue probablement l’un des exemples les plus visibles de cette évolution. Inaugurée en avril 2023, elle mesure environ 30 mètres et permet aux personnes à mobilité réduite de rejoindre l’eau dans de meilleures conditions. Elle comprend notamment un revêtement antidérapant, des mains courantes, une plateforme sous l’eau et un cheminement adapté depuis le parc. Un fauteuil destiné à faciliter la baignade est également disponible sur place. La Ville de Versoix indique officiellement que l’association Handicap Architecture Urbanisme (HAU), avec d’autres partenaires, a contribué à la réalisation du projet.
Pour moi, cet aménagement représente bien davantage qu’une rampe en béton. Le lac fait partie de l’identité de Versoix. Pouvoir s’en approcher mais ne pas pouvoir réellement y accéder créait une différence très concrète entre les habitants. L’inclusion commence précisément lorsque nous supprimons ce genre de frontière invisible.
En mai 2024, dans le cadre d’une journée de sensibilisation aux difficultés rencontrées par les personnes à mobilité réduite, j’avais d’ailleurs présenté devant le Conseil municipal le travail réalisé avec le service de la cohésion sociale et annoncé une présentation de cette rampe avec HAU. Cette démarche avait aussi pour objectif de permettre à la population de mieux comprendre les obstacles rencontrés quotidiennement par les personnes à mobilité réduite.
De l’accès au lac à l’accès à la piscine
Une autre étape importante concernait la piscine communale. Rendre une installation sportive accessible ne signifie pas seulement permettre à une personne en fauteuil d’arriver jusqu’au bord du bassin. Encore faut-il qu’elle puisse entrer dans l’eau.
En avril 2025, le Conseil municipal a approuvé un crédit de 127’000 francs comprenant notamment la mise en place d’un système d’accès à l’eau pour les personnes à mobilité réduite. Le procès-verbal du Conseil municipal apporte ici une précision dont je suis particulièrement heureux : l’équipement de mise à l’eau a été sélectionné avec moi. Une fois installé et positionné, ce dispositif permet à la personne concernée de l’utiliser de manière autonome.
Cette réalisation illustre exactement la conception de l’accessibilité que je défends. Il ne suffit pas de pouvoir regarder les autres profiter d’un équipement public. L’objectif doit être de pouvoir l’utiliser soi-même, avec le plus d’autonomie possible.
Stationnement et déplacements : les petits aménagements qui changent beaucoup
L’accessibilité passe également par des choses qui peuvent paraître beaucoup moins spectaculaires : des places de stationnement adaptées, des cheminements sans obstacles, des trottoirs praticables, des arrêts de transports publics accessibles ou des bâtiments dans lesquels chacun peut entrer.
Depuis plusieurs années, j’ai régulièrement attiré l’attention sur ces questions à Versoix. Déjà en 2018, avant même mon mandat au Conseil municipal, j’étais intervenu publiquement pour rappeler que l’accessibilité concernait toute la commune. J’avais notamment relevé les progrès réalisés autour de la Mairie et des arrêts de bus, tout en rappelant que beaucoup restait à accomplir.
C’est une conviction que je n’ai jamais abandonnée : ce sont parfois quelques mètres mal aménagés qui suffisent à empêcher toute une personne d’accéder à un service, un commerce ou une activité. Une place de stationnement adaptée n’est donc pas simplement une case peinte au sol. Elle peut représenter la différence entre pouvoir participer à la vie de sa ville ou devoir renoncer.
Le passage sous-voie : un ascenseur attendu
Aujourd’hui, une nouvelle étape importante est en construction autour de la gare de Versoix.
Le passage inférieur constitue un lien essentiel entre les deux côtés des voies ferrées. La Ville a engagé sa transformation afin d’améliorer son confort, sa sécurité et son accessibilité. Le projet prévoit notamment un élargissement partiel, une rénovation des revêtements, une modernisation de l’éclairage et surtout l’installation d’un ascenseur. Celui-ci doit faciliter le passage des personnes à mobilité réduite, mais également des personnes âgées et des parents avec poussette. Le chantier a démarré en 2026.
Cet ascenseur est important parce qu’il rappelle une réalité élémentaire : une ville peut disposer de trains accessibles et de transports publics performants, mais si une personne ne peut pas franchir quelques mètres entre deux parties de la ville, toute la chaîne de mobilité est fragilisée.
C’est aussi pour cela que je considère ce projet comme une avancée importante. L’accessibilité doit être pensée comme un parcours complet, et non comme une succession d’aménagements isolés.
Une ville inclusive se construit ensemble
Je tiens cependant à être très clair : aucune de ces réalisations n’est l’œuvre d’une seule personne. Des services municipaux, des élus de différentes sensibilités politiques, des associations, des spécialistes, le canton et des habitants ont participé à ces avancées.
C’est justement ce que je trouve intéressant.
Lorsque l’accessibilité cesse d’être considérée comme la revendication particulière d’une personne handicapée et devient un objectif collectif, les choses commencent réellement à changer.
La Ville de Versoix continue d’ailleurs à travailler sur cette sensibilisation. En mai 2026, un nouveau parcours consacré à l’accessibilité et à l’inclusion a été organisé dans le cadre de la Semaine inclusive, événement que j’ai eu le plaisir de coorganiser avec d’autres partenaires.
L’objectif n’est pas de prétendre que Versoix est devenue parfaitement accessible. Ce serait faux. Des obstacles existent encore et de nouvelles améliorations devront être réalisées.
Mais il faut aussi savoir reconnaître les progrès lorsqu’ils deviennent visibles et utiles dans la vie quotidienne.
Ma conclusion
Lorsque je regarde la rampe de Port-Choiseul, le dispositif de mise à l’eau de la piscine, les améliorations apportées au stationnement ou le futur ascenseur du passage sous-voie, je ne vois pas seulement des équipements.
Je vois des idées qui ont été discutées, parfois pendant longtemps, puis transformées en réalisations.
Je suis heureux d’avoir pu contribuer à certaines de ces avancées, aux côtés de nombreuses autres personnes. Non pas pour pouvoir dire un jour : « cela, c’est moi qui l’ai fait », mais parce que le véritable résultat est qu’aujourd’hui quelqu’un puisse utiliser un équipement qui hier lui était inaccessible.
C’est cela qui compte.
Mon engagement pour l’accessibilité à Versoix n’a jamais consisté à demander des privilèges. Il consiste à rappeler une idée extrêmement simple : une ville appartient à tous ses habitants.
Aux enfants.
Aux familles.
Aux personnes âgées.
Aux personnes handicapées.
À celles et ceux qui peuvent marcher facilement comme à ceux qui se déplacent autrement.
Et chaque fois qu’un obstacle disparaît, Versoix ne devient pas seulement plus accessible aux personnes handicapées. Elle devient une ville plus accueillante pour tout le monde.
Il reste encore du travail. Il y en aura probablement toujours.
Mais lorsqu’une demande formulée sur le terrain finit par devenir une rampe, un équipement de baignade, une place adaptée ou un ascenseur, nous pouvons au moins constater une chose :
l’accessibilité avance lorsque nous décidons collectivement de la faire avancer.

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