Les défis et opportunités de l’IA au travail

Futuristic innovation center with people, drones, displays, and autonomous vehicles

L’intelligence artificielle transforme le travail : la vraie question n’est plus de savoir si elle arrive, mais comment nous allons nous y préparer

Futuristic innovation center with people, drones, displays, and autonomous vehicles
People explore technology, data, and creative ideas in a bright, interconnected innovation center.

Pendant longtemps, l’intelligence artificielle semblait appartenir aux laboratoires de recherche ou aux films de science-fiction. Aujourd’hui, elle entre dans les bureaux, les entreprises, les administrations, les hôpitaux, les écoles et même les petites structures.

Elle rédige des textes, analyse des documents, traduit des langues, aide à programmer, traite des images, recherche des informations et automatise certaines tâches administratives.

Cette évolution provoque naturellement une inquiétude : l’intelligence artificielle va-t-elle supprimer des emplois ?

La question est légitime.

Mais elle mérite une réponse plus sérieuse qu’un simple « oui » ou « non ».

Toutes les grandes transformations technologiques ont modifié le travail.

La mécanisation a bouleversé l’agriculture.

Les machines ont transformé les usines.

L’ordinateur a profondément changé les bureaux.

Internet a fait apparaître des métiers qui n’existaient pratiquement pas auparavant.

À chaque transformation, certaines activités ont diminué tandis que d’autres sont apparues.

L’intelligence artificielle pourrait suivre une évolution comparable, mais avec une particularité importante : elle ne concerne pas uniquement les tâches physiques.

Elle touche désormais le travail intellectuel.

Un comptable, un juriste, un graphiste, un journaliste, un traducteur, un employé administratif ou un ingénieur peuvent désormais voir certaines parties de leur travail réalisées plus rapidement avec l’aide d’un système d’intelligence artificielle.

Cela ne signifie pas nécessairement que leur profession disparaîtra.

Cela signifie probablement que leur manière de travailler va changer.

Prenons une entreprise qui reçoit quotidiennement des centaines de documents.

Un système informatique peut déjà classer une partie de ces informations, repérer certains éléments et préparer un résumé.

Mais quelqu’un doit encore comprendre le contexte, vérifier les erreurs, prendre une décision et assumer la responsabilité de cette décision.

C’est là que la différence entre automatiser une tâche et remplacer une personne devient essentielle.

Un métier est rarement constitué d’une seule tâche.

Il comporte des connaissances, des relations humaines, de l’expérience, du jugement et parfois une responsabilité juridique ou morale.

L’un des risques serait donc de regarder uniquement le nombre d’emplois susceptibles de disparaître sans nous demander quels nouveaux besoins vont apparaître.

Les entreprises auront besoin de personnes capables d’utiliser correctement ces nouveaux outils.

Il faudra contrôler leurs résultats.

Protéger les données.

Détecter les erreurs.

Former les travailleurs.

Adapter les organisations.

Déterminer ce qui peut être automatisé et ce qui doit rester sous responsabilité humaine.

Mais cette transformation soulève une question sociale beaucoup plus importante : qui bénéficiera des gains de productivité ?

Si une entreprise peut accomplir certaines tâches deux fois plus rapidement grâce à l’intelligence artificielle, cette amélioration peut produire davantage de richesse.

Mais comment cette richesse sera-t-elle répartie ?

Servira-t-elle uniquement à réduire les effectifs ?

Permettra-t-elle au contraire de diminuer certaines tâches répétitives, d’améliorer les conditions de travail ou de développer de nouvelles activités ?

Ce débat sera essentiel.

La formation jouera également un rôle majeur.

Nous ne pouvons pas demander à une personne ayant travaillé vingt ou trente ans avec certaines méthodes de s’adapter instantanément à une technologie nouvelle sans lui donner les moyens de comprendre cette évolution.

La formation continue ne doit plus être considérée comme quelque chose que l’on fait uniquement lorsque l’on perd son emploi.

Elle doit progressivement devenir une partie normale de la vie professionnelle.

Cette question concerne particulièrement les personnes qui rencontrent déjà des obstacles sur le marché du travail.

Les nouvelles technologies peuvent créer de nouvelles exclusions si elles sont mal conçues.

Mais elles peuvent aussi ouvrir des possibilités considérables.

Pour certaines personnes en situation de handicap, par exemple, la reconnaissance vocale, la transcription automatique, la description d’images, les interfaces adaptées ou certains assistants numériques peuvent faciliter l’accès à des activités auparavant difficiles.

La technologie peut donc supprimer une barrière ou en créer une nouvelle. Tout dépend de la manière dont nous la concevons.

Les petites entreprises doivent également pouvoir participer à cette transformation.

Si seules les grandes multinationales disposent des compétences et des moyens nécessaires pour exploiter l’intelligence artificielle, les écarts économiques risquent de s’accentuer.

Un artisan, une association ou une petite entreprise devrait également pouvoir utiliser ces outils pour simplifier certaines tâches administratives, communiquer, organiser son activité ou développer de nouveaux services.

L’enjeu n’est donc pas simplement technologique.

Il est économique, éducatif et social.

Et il concerne directement les pouvoirs publics.

Les États devront trouver un équilibre entre innovation et protection.

Trop réglementer pourrait ralentir certaines innovations utiles.

Ne rien encadrer pourrait laisser se développer des pratiques problématiques concernant les données personnelles, les discriminations, la surveillance ou certaines décisions automatisées.

Nous devons surtout éviter deux attitudes opposées.

La première consiste à croire que l’intelligence artificielle résoudra tous nos problèmes.

La seconde consiste à penser qu’il faudrait arrêter le progrès technologique pour protéger le monde du travail.

Aucune de ces deux positions ne me paraît réaliste.

L’intelligence artificielle est déjà là.

La véritable question est maintenant de savoir quelle place nous voulons lui donner dans notre société.

Ma conclusion

Pour ma part, je ne pense pas que nous devions avoir peur de l’intelligence artificielle. Mais je pense que nous aurions tort de la laisser transformer le travail sans préparer les travailleurs.

Je le vois d’ailleurs comme un outil : il peut aider à rechercher, à organiser des idées ou à mieux présenter un travail. Mais l’outil ne doit pas prendre la place de la réflexion, de l’expérience et de la responsabilité de la personne qui l’utilise.

Je trouve également injuste de regarder quelqu’un de haut simplement parce qu’il utilise une nouvelle technologie pour mieux travailler. Depuis toujours, l’être humain invente des outils pour dépasser certaines difficultés et développer ses capacités.

La véritable compétence sera de savoir les utiliser intelligemment.

Mais je souhaite que cette révolution profite au plus grand nombre. Aux salariés comme aux entreprises, aux personnes en situation de handicap comme aux personnes valides, aux jeunes comme aux travailleurs expérimentés.

Le progrès ne se mesurera pas au nombre de tâches que l’intelligence artificielle pourra accomplir à notre place. Il se mesurera à ce que nous aurons réussi à faire de mieux, humainement et collectivement, grâce à elle.


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