Répondre aux pénuries médicamenteuses en Europe : vers une Stratégie Durable

Workers handling medicine packages on a warehouse conveyor system

Les médicaments manquent parfois en Europe : comment une puissance industrielle peut-elle se retrouver sans traitements essentiels ?

Workers handling medicine packages on a warehouse conveyor system
Workers oversee packaged medicines moving through a modern pharmaceutical warehouse conveyor system.

L’Europe dispose de certains des meilleurs hôpitaux, laboratoires et systèmes de santé au monde. Pourtant, depuis plusieurs années, un phénomène inquiète patients, médecins et pharmaciens : certains médicaments courants deviennent temporairement difficiles à trouver.

Il ne s’agit pas forcément de traitements extrêmement rares.

Antibiotiques, antidouleurs, médicaments pédiatriques ou autres produits indispensables peuvent être concernés à différents moments.

Cette situation révèle une faiblesse que nous avons longtemps sous-estimée : avoir les moyens financiers d’acheter un médicament ne garantit pas qu’il sera disponible lorsqu’on en aura besoin.

Pendant plusieurs décennies, l’industrie pharmaceutique s’est profondément mondialisée.

Un médicament vendu dans une pharmacie européenne peut avoir suivi un parcours complexe. Le principe actif peut être fabriqué dans un pays, certains composants dans un autre, le médicament assemblé ailleurs avant d’être finalement conditionné et distribué en Europe.

Cette organisation permet de réduire certains coûts et de produire à très grande échelle.

Mais elle crée également des dépendances.

Lorsqu’un nombre limité d’usines produit une substance utilisée dans plusieurs médicaments, un problème industriel peut avoir des conséquences dans de nombreux pays.

Une contamination.

Une panne.

Un problème de qualité.

Une difficulté d’approvisionnement.

Une hausse brutale de la demande.

Et toute la chaîne peut être perturbée.

La pandémie de Covid-19 avait déjà montré à quel point les chaînes d’approvisionnement internationales pouvaient devenir fragiles lorsque plusieurs pays cherchaient simultanément les mêmes produits.

Depuis, une question est revenue au centre du débat : quels produits devons-nous absolument être capables de produire ou de sécuriser nous-mêmes ?

Cela ne signifie pas que chaque pays doit fabriquer tous ses médicaments.

Une telle ambition serait probablement irréaliste et extrêmement coûteuse.

Mais entre dépendre totalement de l’étranger et tout produire nationalement, il existe une troisième voie : identifier les médicaments réellement stratégiques et diversifier leurs sources de production.

La santé ne peut pas fonctionner exactement comme n’importe quel marché.

Lorsqu’un magasin manque d’un modèle de télévision, le consommateur peut attendre quelques semaines.

Lorsqu’un hôpital manque d’un médicament indispensable, les conséquences peuvent être beaucoup plus graves.

Il faut donc réfléchir à la notion de stock stratégique.

Nous connaissons cette logique dans d’autres domaines. Certains États constituent des réserves pour faire face aux crises.

Pourquoi ne pas renforcer cette approche pour certaines substances pharmaceutiques essentielles ?

Mais stocker ne résout pas tout.

Un médicament possède une durée de conservation. Les réserves doivent être renouvelées et correctement gérées. Il faut surtout connaître précisément les chaînes d’approvisionnement pour identifier les endroits où une rupture pourrait se produire.

La transparence devient alors essentielle.

Les autorités devraient pouvoir savoir suffisamment tôt qu’une usine rencontre un problème afin d’éviter de découvrir la pénurie lorsque les pharmacies commencent déjà à manquer de boîtes.

Il existe aussi une question économique moins visible.

Certains médicaments anciens sont peu coûteux.

C’est une excellente chose pour les patients et les systèmes de santé. Mais lorsque les prix deviennent tellement bas que leur production intéresse de moins en moins d’entreprises, le nombre de fabricants peut diminuer.

Nous obtenons alors une situation paradoxale :

un médicament peut être bon marché tout en devenant stratégiquement fragile.

La sécurité d’approvisionnement possède donc elle aussi un prix.

Cela concerne directement la Suisse.

Un pays relativement petit, même doté d’une industrie pharmaceutique extrêmement importante, reste intégré aux chaînes internationales de production et d’approvisionnement.

La Suisse ne peut pas simplement fermer ses frontières économiques et décider de tout fabriquer elle-même.

Elle peut en revanche coopérer avec ses voisins européens, maintenir des réserves appropriées, diversifier ses fournisseurs et déterminer quelles capacités doivent absolument rester disponibles.

Cette réflexion dépasse d’ailleurs l’Europe.

La production mondiale de médicaments pose une question fondamentale : comment concilier efficacité économique et sécurité ?

Pendant longtemps, nous avons cherché à produire au meilleur coût.

Nous découvrons maintenant qu’une chaîne extrêmement optimisée peut devenir vulnérable lorsqu’elle ne possède presque aucune solution de remplacement.

C’est vrai pour les médicaments.

C’est également vrai pour l’énergie, les composants électroniques, l’alimentation et de nombreux produits stratégiques.

La mondialisation n’est donc probablement pas en train de disparaître.

Elle est plutôt en train d’apprendre une nouvelle règle :

le moins cher n’est pas toujours le plus sûr.

Ma conclusion

Pour ma part, je considère qu’un médicament essentiel ne peut pas être traité exactement comme une marchandise ordinaire.

Je ne suis pas favorable à l’idée que chaque pays se replie sur lui-même et cherche à tout produire seul. Nous avons besoin du commerce international et de la coopération entre les États.

Mais cette coopération ne doit pas nous empêcher d’anticiper nos vulnérabilités.

Lorsqu’il s’agit de santé, attendre la pénurie avant d’agir est une mauvaise politique.

Je pense que la Suisse et l’Europe doivent clairement identifier les médicaments indispensables, sécuriser plusieurs sources d’approvisionnement et conserver certaines capacités de production stratégiques, même lorsque cela coûte un peu plus cher.

Car l’économie doit rester au service de la population.

Un médicament très bon marché n’est finalement pas une réussite si, le jour où un patient en a besoin, il n’y en a plus.


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